بلاحدود :العد التنازلي لنهاية اسرائيل
| Hicham Benbrahim | |||||||
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source : http://www.aljamaa.net/fr/detail_khabar.asp?id=427&idRub=5
Tags: la pauvreté, la stagflation, l’inflation, maroc, PIB, pouvoir d’achat, taux de chômage
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L’été s’annonce chaud cette année au Maroc, surtout avec la décompensation de la caisse de compensation qui jusque là, arrivait à maintenir le cap en prenant partiellement en charge la hausse des produits de première nécessité.
En effet, que l’on attribue cette hausse à la flambée des prix des aliments sur le marché mondial, due aux biocarburants que l’occident commence à produire pour pallier l’approvisionnement en pétrole, ou que l’on pointe du doigt la mondialisation, les spéculations, les bouleversement climatiques voire l’appétit vorace des pays émergents -Inde et Chine en premier- pour les céréales, le résultat est le même : le blé est à prix d’or, et ce n’est pas la faute des « islamistes »- une fois n’est pas coutume-. On pourrait attendre que les citoyens s’entretuent aux portes des boulangeries comme en Egypte, ou faire dans le préventif en renforçant le dispositif sécuritaire pour mater les émeutes de la faim (comme en Haïti) suite au Tsunami annoncé. Nous voudrions bien savoir ce que nos présumés responsables ont prévu pour la situation pré catastrophique que nous vivons. Nous voudrions bien voir la moitié pleine du verre mais nous n’y arrivons pas – peut-être qu’il n’y a pas de moitié pleine- au risque de se voir accusé de semer le pessimisme et l’affliction. Ceci nous amène à faire un petit flash-back sur la fameuse INDH (initiative nationale pour le développement) qui était censée sortir les marocains du cercle vicieux IPSD (ignorance, pauvreté, sous-développement). Retournons à la case départ : Que faire ? (1) in Libération (édition française bien sûr) du 4 avril 2008 : « La crise alimentaire ne fait que commencer ». |
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| SOURCE : http://www.aljamaa.net/fr/detail_khabar.asp?id=438&idRub=5 |

by Moyen-Orient
Indéniablement la politique du président Bush au Moyen-Orient a réussi une chose : déstabiliser complètement la région. Ce résultat est loin du Moyen-Orient démocratique et pro-occidental que souhaitaient les USA.
Mais même si les choses ne se passent pas comme les néo-conservateurs américains l’avaient espérées, la situation a évolué. L’échec monumental qui s’appelle la “Guerre en Irak”, la fin du nationalisme laïque arabe et la hausse du prix du pétrole et du gaz ont entraîné de profonds changements dans la région. De Damas à Dubaï, de Tel Aviv à Téhéran, un nouveau Moyen-Orient se forge.
L’ancien Moyen-Orient s’est construit sur les frontières et sur les identités politiques créés par les puissances européennes après la chute de l’empire ottoman en 1918. Il était mû par un nationalisme laïque d’inspiration européenne qui visait à une modernisation politique et sociale initiée par l’action gouvernementale. Ce type de nationalisme, le “socialisme arabe” a atteint son apogée durant la Guerre froide, quand il pouvait compter sur l’aide militaire, politique et économique de l’Union soviétique.
Tout cela s’est terminé avec l’écroulement de l’Union soviétique, la région restant comme pétrifiée sous des dictatures militaires corrompues et inefficaces. La fin de l’Union soviétique a aussi déclenché de graves crises militaires dans beaucoup de pays arabes ; sans le soutien militaire de l’URSS, les régimes nationalistes ne pouvaient plus moderniser leur armée.
Peu à peu les régimes nationalistes ont perdu leur légitimité aux yeux de leurs populations, créant un vide que sont fréquemment venus combler des acteurs non étatiques. Les rapports de force idéologiques et la répartition du pouvoir ont aussi changé, l’islam politique remplaçant la laïcité et intégrant habilement les questions sociales et un nationalisme révolutionnaire anti-occidental.
Aujourd’hui la Syrie, l’Egypte, le Yemen, la Tunisie, l’Algérie et les territoires palestiniens contrôlés par le Fatah incarnent encore l’ancien Moyen-Orient. Dubaï, les Emirats arabes et Israël, de même que le Hezbollah, le Hamas et le terrorisme des jihadistes - auxquels on peut ajouter au moins en partie, l’Iran et l’Arabie saoudite - forment le nouveau Moyen-Orient. La Jordanie et le Maroc essayent de s’y associer.
Certes, ainsi que ces exemples le montrent, “nouveau” ne signifie pas nécessairement “meilleur”, mais différent et plus moderne. Quant à la modernisation, elle n’implique en rien une solution aux conflits qui sévissent la région, des conflits eux-mêmes “modernes”, ce qui les rend d’autant plus dangereux que dans le passé.
On a d’ailleurs vu un aspect de cette modernisation en 2006 avec la guerre du Liban entre Israël et le Hezbollah, au cours de laquelle les tanks étaient impuissants face aux missiles et aux lance-roquettes Katioucha. Parallèlement, des acteurs non étatiques comme le Hezbollah, le Hamas et Al Quaïda ont remplacé les armées traditionnelles, les attentats-suicides (à la voiture piégée ou avec une ceinture bourrée d’explosifs) ont remplacé les guérilleros et leur Kalashnikov.
Mais l’élément le plus important est le déplacement du centre de gravité politique et militaires de la région. Si Israël, la Palestine et le Liban sont les principaux points chauds de l’ancien Moyen-Orient, la lutte pour le pouvoir dans le sillage de la guerre en Irak se déroule maintenant dans le Golfe persique, théâtre de nouveaux enjeux politiques. Le principal facteur de crise n’est plus le conflit israélo-palestinien, mais le risque d’une confrontation entre l’Iran et l’Arabie saoudite pour la suprématie sub-régionale et entre l’Iran et les USA pour l’hégémonie régionale. Il est d’ailleurs devenu presque impossible de résoudre le conflit israélo-palestinien sans l’Iran et ses alliés locaux, le Hezbollah au Liban et le Hamas en Palestine.
En un sens, la guerre en Irak constitue un pont stratégique et militaire entre l’ancien et le nouveau Moyen-Orient. L’intervention américaine s’est traduite dans la région par quatre changements d’importance :
- L’Iran est parvenu à une position stratégique qu’il n’aurait jamais pu atteindre par lui-même et il donne maintenant libre cours à ses ambitions hégémoniques.
- La démocratisation de l’Irak a amené au pouvoir la majorité chiite, ce qui a grandement renforcé l’influence iranienne. La guerre en Irak a transformé le vieux conflit entre chiites et sunnites en y ajoutant une signification géopolitique moderne et en l’étendant à toute la région.
- La montée de l’Iran constitue une menace existentielle pour l’Arabie saoudite, car son voisin pétrolier du nord-est est à majorité chiite. Téléguidé par l’Iran, un gouvernement chiite à Bagdad menacerait à moyen terme l’intégrité territoriale de l’Arabie saoudite - un scénario que les Saoudiens ne peuvent et ne veulent accepter.
- Si l’Iran parvenait à devenir une puissance nucléaire, les craintes des Saoudiens quant à leur existence s’amplifieraient de manière spectaculaire, tandis que l’armement conventionnel des pays du Moyen-Orient perdrait beaucoup de sa valeur, ce qui lancerait une course à l’arme nucléaire dans la région.
Cette nouvelle situation menace de désintégration tout le système étatique du Moyen-Orient qui a été élaboré par les Anglais et les Français. Le premier candidat est évidemment l’Irak.
L’une des questions essentielles du nouveau Moyen-Orient est de savoir si l’intégrité de l’Irak pourra survivre aux confrontations religieuses et ethniques entre Kurdes et Arabes et entre chiites et sunnites. Car la désintégration de l’Irak pourrait faire tache d’huile et produire une balkanisation de toute la région.
Autre point important : l’islam politique va-t-il évoluer vers la démocratie et la modernité ou rester prisonnier du radicalisme et de l’invocation du passé ? Pour l’instant, l’avant-front de cette bataille n’est pas au Moyen-Orient mais en Turquie et son impact pourrait s’étendre bien au-delà de ce pays.
L’émergence d’un nouveau Moyen-Orient est l’occasion d’établir un ordre régional qui refléterait les intérêts légitimes de tous les acteurs, qui offrirait des frontières sûres et remplacerait les aspirations hégémoniques par la transparence et la coopération. Si les choses ne se passent pas ainsi, le nouveau Moyen-Orient sera bien plus dangereux que l’ancien.
source : http://www.project-syndicate.org/commentary/fischer25/French
Tags: Moyen-Orient, usa
Par Michael MATHES AFP
WASHINGTON (AFP) - Le train, au pays des grands espaces, se traîne. La seule ligne rapide des Etats-Unis, l’Acela Express, relie New York et Washington en trois heures quand il faut près d’une heure de moins à l’Eurostar pour aller de Paris à Londres, une distance similaire.

Vedette de la conquête de l’Ouest au 19e siècle, le rail américain fait figure de relique aujourd’hui, comparé aux trains en circulation dans des pays comme le Japon, la France, l’Allemagne ou la Chine qui compte à elle seule 6.000 kilomètres de voies ferrées pour trains à grande vitesse.
Une dizaine d’autres pays envisagent de s’équiper de ces trains, dont l’Iran, qui pourrait acheter à l’Allemagne un train à sustentation magnétique roulant à 448 km/h.
L’an dernier, en France, un TGV a atteint la vitesse record de 571 kilomètres/heure lors d’un essai.
La vitesse de pointe de la plupart des trains américains frôle péniblement 127 km/h et leur allure de croisière reste bien inférieure.
“C’est vraiment trop lent !”, se lamente Eleanor Herman, orthophoniste retraitée qui s’apprête à grimper, à la gare d’Union Station à Washington, dans le “Northeast Regional”, géré, comme l’Acela, par la compagnie Amtrak.
“J’ai pris un train à grande vitesse en Italie, c’est un autre monde!”, relève-t-elle.
L’avance de l’Europe et de l’Asie, dont les trains filent couramment à 320 km/h, rend encore plus criant l’énorme retard du pays le plus riche du monde en ce domaine, avions et automobiles demeurant les piliers du transport aux Etats-Unis.
Mais, avec l’envolée des prix du pétrole, les retards récurrents dans les aéroports et la préoccupation environnementale qui gagne du terrain, la nécessité d’améliorer l’offre ferroviaire devrait commencer à s’imposer.
“Nous sommes le seul pays développé au monde qui n’a pas de train à grande vitesse,” a déploré récemment le candidat à l’investiture démocrate pour la présidentielle américaine Barack Obama.
“Avec les prix de l’essence aujourd’hui, nous devrions étendre notre service de transport ferroviaire. L’une des choses dont je parle depuis longtemps est de relier toutes les villes du Midwest avec des lignes à grande vitesse”, a poursuivi le sénateur de l’Illinois.
Seule la Californie (ouest) envisage de construire une voie de 1.100 kilomètres pour train à grande vitesse de Sacramento à San Diego, via San Francisco et Los Angeles. Ce projet de 40 milliards de dollars pourrait voir le jour en 2009.
L’Acela Express, lui, atteint brièvement 240 km/h mais, en moyenne, il roule à 138 km/h.
“Trop de virages” sur la vieille voie entre Washington et Boston pour accélérer, et “la rendre droite serait une tâche monumentale”, explique le porte-parole d’Amtrak, Cliff Black.
Néanmoins, un parlementaire républicain, John Mica, tente de pousser à la modernisation de cette ligne. Le projet qu’il envisage coûterait au moins 20 milliards.
“Nous n’avons pas vraiment de propositions de financement de la part de l’Etat fédéral, ni des Etats, ni des collectivités locales, ni de partenaires privés”, reconnaît néanmoins John Mica.
Cliff Black explique que sans volonté politique, et avec le sacro-saint droit de propriété aux Etats-Unis, “il est très difficile d’acquérir des terrains pour construire des voies ferrées”.
Amtrak n’a aucun projet de cet ordre, “nous n’en avons pas les moyens”, ajoute le porte-parole de l’entreprise qui a accusé une perte de 475 millions de dollars l’an dernier, malgré un nombre record de passagers depuis 5 ans. La fréquentation a déjà augmenté de 12% cette année.
source : http://fr.news.yahoo.com/afp/20080503/tbs-usa-transport-rail-prev-f41e315.html
Tags: États-Unis

by J. Bradford DeLong
BERKELEY – En 1981, le Parti républicain américain a cessé de croire en l’équilibre du budget public. L’idée qu’il faut procéder à des réductions d’impôt à tout moment, à chaque occasion, a fait son chemin, puisque ces réductions sont censées augmenter les revenus.
Irving Kristol, de temps à autre rédacteur de la revue The Public Interest et l’un des accoucheurs intellectuels de cette idée, a écrit par la suite que ce qui l’intéressait n’était pas de savoir si c’était vrai mais si c’était utile. Des années plus tard, il évoquait « son attitude plutôt cavalière à l’égard du déficit budgétaire et d’autres problèmes monétaires ou budgétaires. La tâche… consistait à créer une nouvelle… majorité républicaine… conservatrice… – l’efficacité politique était donc la priorité, et non les imperfections comptables du gouvernement… »
Désormais, il est clair que John McCain – qui taxa les réductions d’impôt de George W. Bush d’imprudence et refusa de voter en leur faveur – a succombé à cette formule. Il propose des réductions supplémentaires qui risquent de coûter 300 milliards de dollars par an au Trésor américain, de les « compenser » par des réductions des dépenses affectées de trois milliards de dollars par an et, d’une manière ou d’une autre, d’équilibrer le budget.
Nous savons quelles seront les conséquences : il y a de fortes chances pour la politique budgétaire de McCain ressemble aux politiques républicaines habituelles – qui, depuis 1981, ont fait augmenter le rapport dette fédérale brute/PIB de près de 2 % par an. De leur côté, les gouvernements démocrates après la Seconde Guerre mondiale ont dans l’ensemble réduit ce rapport de plus de 1 % par an. C’est l’une des questions en jeu dans les élections présidentielles de cette année.
Les politiques qui font fi de la dette publique provoquent l’effondrement de la monnaie, la récession (compte tenu du bouleversement de la division sectorielle du travail qui en découle) et accroissent l’inflation – qui peut aller jusqu’à l’hyperinflation. La plupart du temps, le coupable met la catastrophe économique sur le dos de sinistres manipulations d’étrangers tels que les « gnomes de Zurich » ou le FMI. Les Etats-Unis n’en sont pas là. Pourtant, même à court terme – disons, durant les deux prochains mandats présidentiels – les coûts d’un déficit élevé et d’une croissance rapide de la dette risquent d’être importants.
Dans un premier temps, la croissance du rapport dette/PIB évincera les investissements, puisque les ressources destinées à des investissements lucratifs serviront au lieu de cela à stimuler la consommation privée ou publique. Depuis 1981, les Etats-Unis ont eu la chance de voir les afflux de capitaux étrangers couvrir la croissance de la dette publique. Arrivée un certain point, cette situation ne sera plus tenable et le déficit croissant fera fuir les capitaux des États-unis.
Supposons que ces huit prochaines années, des déficits plus importants n’entraînent ni afflux ni reflux de capitaux, et imaginons une Amérique appauvrie, avec des investissements moindres, dont le retour brut sur investissement social serait de 15 % par an. D’ici 2016, l’affaiblissement du potentiel productif fera diminuer le PIB réel de 3,6 % – soit 500 milliards de dollars réels, soit environ 3.000 dollars par travailleur. Dans une Amérique en perte de vitesse, moins d’entreprises jugeront utile d’attirer des travailleurs précaires sur le marché du travail ; et il est probable que 500 000 emplois disparaissent.
Si elle suit cette voie, d’ici huit ans, l’Amérique plus endettée qu’aujourd’hui verra probablement la croissance de sa productivité ralentir d’un tiers de point de pourcentage par an. Le taux de chômage devra alors augmenter pour maintenir les demandes des travailleurs de réelles augmentations de salaires à un niveau garanti par la hausse de la productivité. Les corrélations brutes entre la croissance de la productivité et le taux de chômage des années 70, 80, 90 et 2000 feront augmenter le taux naturel de chômage naturel de l’économie d’environ un cinquième de point de pourcentage, ce qui coûterait 500 000 emplois supplémentaires.
Dans une Amérique insolvable, les épargnants et les prêteurs craindraient à juste titre que le gouvernement n’ait recours à l’inflation pour refuser d’honorer une partie de sa remarquable dette. La Réserve fédérale serait alors contrainte de lutter contre l’inflation – en renforçant les pressions sur l’emploi – pour assurer les épargnants et les prêteurs de sa volonté de maintenir la stabilité du coût de la vie. On ne dispose même pas d’estimations sur la corrélation brute de l’ampleur de cet effet qui, selon les économistes, existe sans aucun doute. Supprimerait-il un nombre négligeable d’emplois ? Un quart de million ? Un million ?
Assemblez tous ces éléments et, en 2016, si McCain est élu président plutôt que Barack Obama ou Hillary Rodham Clinton, vous obtiendrez une Amérique appauvrie. Qui plus est, les pays qui comptent sur les exportations vers les Etats-Unis risquent eux aussi de voir leur croissance ralentir et leur taux d’emploi faiblir.
Malgré tout, sous McCain, la différence entre les dépenses publiques et les impôts sera plus importante d’ici huit ans, les Américains se sentiront plus riches et consommeront davantage aux dépens de la « postérité ». Ronald Reagan aurait probablement approuvé. Après tout, comme il l’a dit : « Pourquoi devrais-je faire quoi que ce soit pour la postérité ? La postérité a-t-elle fait quoi que ce soit pour moi ? » Ou bien était-ce Groucho Marx ?
source: http://www.project-syndicate.org/commentary/delong77/French
Tags: ’hyperinflation, John McCain, la récession, la Réserve Fédérale, l’effondrement de la monnaie, l’inflation, le FMI, Le taux de chômage, les Etats-Unis
Par Michel Chossudovsky, Global Research
En cette époque d’après-guerre froide, l’humanité est confrontée à une crise économique et sociale d’une ampleur sans précédent et qui entraîne un appauvrissement rapide de larges secteurs de la population mondiale. Les économies nationales s’effondrent, le chômage est endémique. Des famines se déclarent en Afrique subsaharienne, en Asie du Sud et dans certaines parties de l’Amérique latine. Cette « mondialisation de la pauvreté, » qui a annulé bon nombre des progrès de la décolonisation d’après-guerre, a commencé dans le tiers-monde avec la crise de la dette du début des années 1980 et l’imposition des réformes économiques meurtrières du Fonds monétaires international (FMI).
Ce Nouvel Ordre Mondial se nourrit de la pauvreté humaine et de la destruction de l’environnement. Il engendre la ségrégation sociale, il encourage le racisme et les conflits ethniques et s’attaque aux droits des femmes et il précipite souvent les pays dans des affrontements destructeurs entre les nationalités. Depuis les années 1990, il s’étend, par l’entremise du « libre marché », dans toutes les régions du monde y compris l’Amérique du Nord, l’Europe occidentale, les pays de l’ex-bloc soviétique et les « nouveaux pays industriels » (NPI) de l’Asie du Sud-est et de l’Extrême-Orient.
Cette crise planétaire est encore plus dévastatrice que la Grande Dépression des années 1930. Elle a de lourdes conséquences géopolitiques; le démembrement économique donne lieu à des guerres régionales, à la fracture des sociétés nationales et, dans certains cas, à l’anéantissement de pays. Elle constitue de loin la plus grave crise économique des temps modernes. (Livre de Michel Chossudovsky intitulé : Mondialisation de la pauvreté et le nouvel ordre mondial)
La pauvreté et la sous-alimentation chronique sont des conditions qui préexistaient avant les récentes hausses des prix des produits alimentaires. Ces derniers frappent de plein fouet une population appauvrie, qui a à peine les moyens de survivre.
Des émeutes de la faim ont éclaté presque simultanément dans toutes les grandes régions du monde:
« Les prix des denrées alimentaires en Haïti a augmenté en moyenne de 40 % en moins d’un an, avec le coût des produits de première nécessitée tels que le riz qui a doublé… Au Bangladesh, [à la fin avril 2008] quelques 20,000 travailleurs du textile sont descendus dans la rue pour dénoncer l’augmentation vertigineuse des prix des produits alimentaires et aussi pour demander des salaires plus élevés. Le prix du riz dans le pays a doublé au cours de la dernière année, menaçant les travailleurs qui gagnent un salaire mensuel de seulement 25 $ et qui ont faim. En Égypte, des protestations de travailleurs concernant les prix des produits alimentaires a secoué le centre industriel du textile de Mahalla al-Kobra, au nord du Caire, pendant deux jours la semaine dernière, où deux personnes ont été abattues par les forces de sécurité. Des centaines de personnes ont été arrêtées et le gouvernement a envoyé des policiers en civil dans les usines pour forcer les travailleurs à travailler. Les prix des denrées alimentaires ont augmenté de 40% en Égypte au cours de la dernière année… Plus tôt ce mois-ci, en Côte d’Ivoire, des milliers de personnes ont marché vers la maison du président Laurent Gbagbo, scandant « nous sommes affamés » et « la vie est trop cher, vous allez nous tuer.
Des manifestations de même nature ainsi que des grèves et des affrontements sont survenus en Bolivie, au Pérou, au Mexique, en Indonésie, aux Philippines, au Pakistan, en Ouzbékistan, en Thaïlande, au Yémen, en Éthiopie et à travers la majeure partie de l’Afrique subsaharienne. » (Bill Van Auken, Amid mounting food crisis, governments fear revolution of the hungry, Global Research, April 2008 )
Avec de grands pans de la population mondiale déjà bien en dessous du seuil de pauvreté, la hausse des prix des denrées alimentaires de base qui se produit sur une courte période est dévastatrice. Des millions de personnes dans le monde sont dans l’incapacité d’acheter de la nourriture pour leur survie
Ces augmentations contribuent d’une manière très réelle à « éliminer les pauvres » à travers « la mort par la famine. » Dit dans les mots de Henry Kissinger: « Contrôlez le pétrole et vous contrôlerez les nations, contrôlez la nourriture et vous contrôlerez la population. »
À cet égard, Kissinger a fait savoir à travers le « Mémorandum d’études sur la sécurité nationale de 1974: Les implications de la croissance de la population mondiale sur la sécurité et les intérêts étrangers des États-Unis, » que des famines récurrentes pourraient constituer de facto un instrument de contrôle de la population.
Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, le prix des céréales a augmenté de 88% depuis mars 2007. Le prix du blé a augmenté de 181% sur une période de trois ans. Le prix du riz a augmenté de 50% dans les trois derniers mois (Voir Ian Angus, Food Crisis: “The greatest demonstration of the historical failure of the capitalist model”, Global Research, April 2008):
« La plus populaire variété de riz de la Thaïlande se vendait il y a 5 ans 198 $ US et à 323 $ la tonne l’an dernier. En avril 2008, le prix a atteint 1000 $. Les augmentations sont encore plus élevées sur les marchés locaux; en Haïti, le prix d’un sac de 50 kilos de riz a doublé en une semaine à la fin mars 2008. Ces augmentations sont catastrophiques pour les 2,6 milliards de personnes dans le monde qui vivent avec moins de 2 $ US par jour et qui consacrent de 60% à 80% de leurs revenus à l’alimentation. Des centaines de millions de personnes n’ont pas les moyens de manger » (Ibid)
Tout d’abord, il y a un processus historique à long terme de politiques de réforme macroéconomiques et de restructuration économique mondiale, qui a contribué à baisser le niveau de vie partout dans le monde, autant dans les pays développés que dans les pays en développement.
Deuxièmement, ces conditions historiques préexistantes de pauvreté de masse ont été exacerbées et aggravées par la récente flambée des prix des céréales, qui a entraîné dans certains cas, le doublement du prix de détail des denrées alimentaires de base. Ces hausses de prix sont en grande partie le résultat de la spéculation boursière sur les denrées alimentaires de base.
L’escalade des prix des produits alimentaires est en grande partie le résultat d’une manipulation du marché. Elle est en grande partie attribuable à la spéculation boursière sur les marchés des matières premières. Les prix des céréales sont artificiellement gonflés par la spéculation à grande échelle sur les opérations des marchés boursiers de New York et de Chicago. Il est intéressant de noter qu’en 2007, le Chicago Board of Trade (CBOT), a fusionné avec le Chicago Mercantile Exchange, formant la plus importante entité au monde traitant dans le commerce des produits de base et comptant un large éventail d’instruments spéculatifs (les options, les options sur contrat à terme, les fonds indiciels, etc.)
Des transactions spéculatives sur le blé, le riz ou le maïs, peuvent se produire sans qu’il y ait de transactions réelles de ces produits.
Les institutions qui actuellement spéculent sur le marché des céréales ne sont pas nécessairement impliquées dans la vente ou la livraison des grains. Les transactions peuvent se faire par fonds indiciels qui permettent de parier sur la hausse ou la baisse en général de la variation des prix des marchandises.
Une « option de vente » est un pari que les prix vont baisser, une « option d’achat » est un pari que les prix vont augmenter. Grâce à la manipulation concertée, les opérateurs institutionnels et les institutions financières font augmenter les prix, et alors ils placent leurs paris sur la hausse du prix d’un produit en particulier. La spéculation génère la volatilité du marché. À son tour, l’instabilité qui en résulte encourage la poursuite de l’activité spéculative.
Les bénéfices sont réalisés lorsque le prix monte. En revanche, si le spéculateur est un short-selling (1), le bénéfice sera réalisé lorsque le prix diminuera.
Cette récente flambée spéculative des prix des denrées alimentaires a engendré un processus mondial de création de la famine à une échelle sans précédent.
Ces opérations spéculatives ne devraient pas pouvoir engendrer délibérément la famine. Ce qui cause la famine est l’absence de procédures réglementaires relatives au commerce spéculatif (les options, les options sur contrat à terme, les fonds indiciels). Dans le contexte actuel, un gel des transactions spéculatives sur les produits alimentaires de base, décrété par décision politique, contribuerait immédiatement à faire baisser les prix des produits alimentaires.
Rien n’empêche que ces opérations soient neutralisées et désamorcées par un ensemble soigneusement élaboré de mesures réglementaires.
Visiblement, ce n’est pas ce qui est proposé par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI).
Robert B. Zoellick, le président de la Banque mondiale décrit cette initiative comme un « new deal, » un plan d’action « pour un accroissement à long terme de la production agricole, » qui consiste entre autres à doubler les prêts agricoles pour les agriculteurs africains.
« Nous devons mettre de la nourriture dans des bouches qui ont faim. C’est aussi abrupt que cela. » (Robert Zoellick, président de la Banque mondiale, citée par Le Figaro, le 14 avril 2008 )
La « médecine économique » du FMI et de la Banque mondiale n’est pas la « solution, » elle est plutôt en grande partie la « cause » de la famine dans les pays en développement. Plus le FMI et la Banque mondiale prêtent « pour accroître l’agriculture » et plus ils augmenteront les niveaux d’endettement.
La « politique de prêts » de la Banque mondiale consiste à accorder des prêts à la condition que les pays se conforment à l’agenda politique néolibérale qui, depuis le début des années 1980, a été propice à l’effondrement de l’agriculture alimentaire locale.
La « stabilisation macro-économique » et les programmes d’ajustement structurel imposés par le FMI et la Banque mondiale aux pays en développement (comme condition de renégociation de leur dette extérieure) ont conduit à l’appauvrissement de centaines de millions de personnes.
Les dures réalités économique et sociale derrières les interventions du FMI sont les causes à l’augmentation démesurée des prix des produits alimentaires, des famine au niveau local, des licenciements massifs de travailleurs urbains et de fonctionnaires et de la destruction des programmes sociaux. Le pouvoir d’achat interne s’est effondré, les cliniques de santé contre la famine et les écoles ont été fermées, des centaines de millions d’enfants ont été privés du droit à l’enseignement primaire.
Un « marché céréalier libre, » imposé par le FMI et la Banque mondiale, détruit l’économie paysanne et affaibli la « sécurité alimentaire. » Le Malawi et le Zimbabwe étaient auparavant des pays prospères en excédent céréalier, le Rwanda était pratiquement autosuffisant en matière alimentaire jusqu’à 1990, date à laquelle le FMI a ordonné le dumping des excédents céréaliers de l’Union européenne et des États-Unis sur le marché intérieur, précipitant ainsi les petits agriculteurs en faillite. En 1991-1992, la famine a frappé le Kenya, un pays qui connaissait un succès pour ses surplus céréaliers. Le gouvernement de Nairobi avait précédemment été mis sur une liste noire pour ne pas avoir obéi à des recommandations du FMI. La déréglementation du marché des céréales a été exigée comme une des conditions pour le rééchelonnement de la dette extérieure de Nairobi avec les créanciers officiels du Club de Paris. (Livre de Michel Chossudovsky, Mondialisation de la pauvreté et le nouvel ordre mondial)
Dans toute l’Afrique, ainsi qu’en Asie du Sud-est et en Amérique latine, le modèle des « ajustement structurel » dans l’agriculture sous la tutelle des institutions de Bretton Woods a servi de manière sans équivoque à la disparition de la sécurité alimentaire. La dépendance vis-à-vis du marché mondial a été renforcée entraînant une augmentation des importations de céréales commerciales, ainsi qu’une augmentation de l’afflux « d’aide alimentaire. »
Les producteurs agricoles ont été encouragés à abandonner l’agriculture alimentaire et à se convertir dans des cultures de « haute valeur » à des fins d’exportation, souvent au détriment de l’autosuffisance alimentaire. Les produits de grande valeur ainsi que les cultures à des fins d’exportation ont été soutenus par des prêts de la Banque mondiale.
Les famines à l’ère de la mondialisation sont le résultat de politique. La famine n’est pas la conséquence d’un manque de nourriture, c’est en fait tout le contraire: les surplus alimentaires mondiaux sont utilisés pour déstabiliser la production agricole dans les pays en développement.
Strictement réglementée et contrôlée par l’industrie agroalimentaire internationale, cette offre excédentaire est finalement propice à la stagnation de la production et de la consommation des produits alimentaires de base essentiels et à l’appauvrissement des agriculteurs dans le monde. En outre, en cette époque de mondialisation, les programmes d’ajustement structurel du FMI et de la Banque mondiale ont un lien direct sur le processus de développement de la famine, car ils affaiblissent systématiquement toutes les catégories d’activités économiques urbaines ou rurales, qui ne servent pas directement les intérêts du marché mondial.
Les revenus des agriculteurs dans les pays riches et dans les pays pauvres sont réduits par une poignée d’industriels du secteur de l’agroalimentaire mondial qui en même temps contrôlent les marchés des céréales, les intrants agricoles, les semences et la transformation des aliments. La géante société Cargill Inc avec plus de 140 filiales et sociétés affiliées à travers le monde contrôle une part importante du commerce international des céréales. Depuis les années 1950, Cargill est devenue le principal contractant pour « l’aide alimentaire » des États-Unis financée par la Loi Publique 480 (1954).
L’agriculture mondiale a pour la première fois de l’histoire, la capacité de satisfaire les besoins alimentaires de toute la planète, mais la nature même du marché mondial de ce système ne permet pas que ça se réalise. La capacité de produire de la nourriture est immense mais les niveaux de consommation alimentaire reste extrêmement faibles, car une grande partie de la population mondiale vit dans des conditions d’extrême pauvreté et de privation. En outre, le processus de « modernisation » de l’agriculture a conduit à la dépossession des paysans et à l’augmentation du niveau de dégradation des terres et de l’environnement. Autrement dit, les forces mêmes qui encouragent la production alimentaire mondiale à se développer favorisent également une diminution du niveau de vie et une baisse de la demande de nourriture.
« Partout dans le tiers-monde, la situation est celle du désespoir social et de la désolation d’une population appauvrie par l’interaction des forces du marché. Les émeutes contre les programmes d’ajustement structurel et les soulèvements populaires sont sauvagement réprimées: À Caracas, en 1989, le président Carlos Andres Perez qui après avoir dénoncé avec éloquence le FMI d’exercer « un totalitarisme économique qui ne tue pas par des balles mais par la famine, » a déclaré un état d’urgence et a régulièrement envoyé des unités d’infanterie et des commandos de la marine dans les quartiers pauvres (barrios de ranchos) sur les collines surplombant la capitale. Les émeutes anti-FMI de Caracas ont été déclenchées à la suite d’une augmentation de 200 % du prix du pain. Hommes, femmes et enfants ont essuyé des tirs sans discernement: « Il a été rapporté que la morgue de Caracas comptait jusqu’à 200 cadavres de personnes tuées dans les trois premiers jours … et elle a avisé qu’elle était à court de cercueils. » Officieusement plus d’un millier de personnes ont été tuées. Tunis, en janvier 1984: les émeutes du pain instiguées en grande partie par de jeunes chômeurs pour protester contre la hausse des prix alimentaires. Au Nigeria en 1989: les émeutes des étudiants contre les programmes d’ajustement structurel ont entraîné la fermeture de six universités du pays par les Forces armées. Au Maroc, en 1990: une grève générale et un soulèvement populaire contre les réformes du gouvernement parrainées par le FMI. » (Michel Chossudovsky, op cit.)
Dans le cadre du contrat de l’Organisation mondiale du commerce (OMC)), les géants de l’agroalimentaire ont une entière liberté d’entrer dans les marchés céréaliers des pays en développement. L’acquisition de « droits de propriété intellectuelle » exclusifs sur les variétés végétales par des intérêts agroindustriels favorise aussi la destruction de la biodiversité.
Agissant au nom d’une poignée de conglomérats de biotechnologie, des semences OGM ont été imposées aux agriculteurs, souvent dans le cadre de « programmes d’aide alimentaire. » Par exemple, en Éthiopie des trousses de semences OGM ont été remis aux agriculteurs pauvres afin de rétablir la production agricole à la suite d’une grande sécheresse. Les semences OGM ont été plantées, ce qui donne une récolte. Mais après, les agriculteurs ont réalisé que les semences OGM ne pourraient pas être replantées sans payer de redevances à Monsanto, Arch Daniel Midland et al. Ensuite, les agriculteurs ont découvert que les graines ne pousseraient que s’ils utilisaient les intrants agricoles soit, les engrais, les insecticides et les herbicides qui sont produits et distribués par les entreprises agroalimentaires de biotechnologie. Toute l’économie paysanne est dorénavant enfermée entre les mains des conglomérats de l’agro-industrie.
Avec l’adoption généralisée de semences OGM, une transition majeure a eu lieu dans la structure et dans l’histoire de l’agriculture depuis sa création il y a 10,000 ans.
La reproduction de semences au niveau des villages et chez les producteurs de semences a été perturbée par l’utilisation de semences génétiquement modifiées. Le cycle agricole, qui permet aux agriculteurs de stocker leurs semences biologiques et de les semer pour en tirer la prochaine récolte a été brisé. Ce concept destructeur, produisant invariablement la famine, est reproduit partout, pays après pays, conduisant à la disparition de l’économie paysanne mondiale.
Michel Chossudovsky est l’auteur du best-seller international “Mondialisation de la pauvreté et le nouvel ordre mondial,” qui a été publié en 11 langues. Il est professeur d’économie à l’Université d’Ottawa, Canada, et directeur du Centre de recherche sur la mondialisation Global Research. Il collabore également à l’Encyclopaedia Britannica. Son dernier ouvrage est intitulé “America`s War on terrorism“, Global Research, 2005. Il est l’auteur de Guerre et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre.
Traduit par Dany Quirion pour Alter Info
NDT :
(1) Short-selling est une technique qui consiste à vendre à découvert ou à crédit. C’est-à-dire qu’une personne vend des actions qu’elle n’a pas à un investisseur. Cette stratégie permet d’anticiper sur un retournement du marché qui permettra alors d’acheter les actions au client qui voudra les revendre à un prix inférieur.

by Jeffrey D. Sachs
NEW YORK – L’économie mondiale est maltraitée par une forte hausse des prix de l’énergie. Pendant que quelques pays exportateurs d’énergie du Moyen-Orient et d’ailleurs récoltent d’énormes profits, le reste du monde souffre, subissant un baril de pétrole à 110 $US et un doublement du prix du charbon.
Faute d’une énergie abondante et bon marché, ce sont tous les aspects de l’économie mondiale qui sont menacés. Les prix des denrées alimentaires, par exemple, augmentent à mesure que ceux du pétrole explosent, en partie à cause de l’augmentation des coûts de production mais aussi parce que les terres arables aux États-Unis et ailleurs passent de la production alimentaire à celle des biocarburants.
Il n’existe pas de solution miracle pour les prix du pétrole. L’augmentation des prix reflète les conditions élémentaires de l’offre et de la demande. L’économie mondiale, notamment en Chine, en Inde et ailleurs en Asie, a connu une croissance rapide, ce qui a conduit à une augmentation rapide de la demande d’énergie, surtout pour l’électricité et les transports. Mais les réserves mondiales de pétrole, de gaz naturel et de charbon ne peuvent pas suivre facilement, malgré la découverte de nouveaux gisements. Et à de nombreux endroits, l’offre de pétrole décline à mesure que les gisements s’épuisent.
Le charbon est plus abondant, et peut être transformé en carburants liquides pour le transport. Pourtant c’est un substitut inapproprié, en partie à cause de l’offre limitée, et en partie parce qu’il émet de grandes quantités de dioxyde de carbone par unité d’énergie, et que par conséquent il représente une source dangereuse de bouleversement anthropique du climat.
Si l’on veut que les pays en développement continuent de connaître une croissance économique rapide et que les pays riches évitent la crise, il sera nécessaire de mettre au point de nouvelles technologies énergétiques. Il conviendra de cibler trois objectifs : des alternatives à bas coût aux énergies fossiles, une plus grande efficacité énergétique et la réduction des émissions de dioxyde de carbone.
La technologie la plus prometteuse à long terme est l’énergie solaire. Les radiations solaires totales touchant la planète représentent environ 1 000 fois l’utilisation énergétique commerciale du monde. Cela signifie que même une partie réduite de la surface terrestre, notamment dans des régions désertiques, recevant des radiations solaires massives, peut fournir des quantités d’électricité conséquentes à une grande partie du reste du monde.
Des centrales solaires dans le désert de Mohave en Amérique, par exemple, pourraient satisfaire les besoins en électricité de plus de la moitié du pays. Des centrales solaires en Afrique du Nord pourraient fournir de l’énergie à l’Europe de l’Ouest. Et d’autres au Sahel, au sud du vaste Sahara, pourraient fournir de l’énergie à une grande partie de l’Afrique de l’Est, de l’Ouest et du Centre.
Le projet le plus prometteur en termes d’efficacité énergétique est peut-être la “technologie hybride plug-in” pour les voitures, qui devrait pouvoir tripler l’efficacité énergétique des voitures neuves dans les dix prochaines années. Le principe serait que les voitures roulent principalement grâce à des batteries rechargées chaque nuit sur le réseau électrique, avec un moteur à essence hybride pour les soutenir. General Motors pourrait en proposer une première version d’ici 2010.
La principale technologie permettant d’utiliser le charbon tout en respectant l’environnement est la capture et le stockage géologique du dioxyde de carbone des centrales électrique qui utilisent ce combustible. Cette “capture et séquestration du carbone,” ou CSC, est nécessaire d’urgence dans les principaux pays consommateurs de charbon, surtout la Chine, l’Inde, l’Australie et les États-Unis. Les technologies-clés pour la CSC ont déjà été mises au point, il est temps de passer des projets aux vraies centrales de démonstration.
Pour exploiter toutes ces technologies pleines de promesses, les gouvernements doivent consacrer des fonds à la science et aux coûts élevés des premières étapes de tests. Sans au moins un financement public partiel, l’implantation de ces nouvelles technologies sera lente et inégale. Il faut savoir que la plupart des grandes technologies qui nous paraissent aujourd’hui toutes naturelles – les avions, les ordinateurs, Internet et les nouveaux médicaments, pour n’en citer que quelques-unes – ont reçu des financements publics essentiels au début de leur développement et de leur diffusion.
Il est choquant et inquiétant que les financements publics demeurent insignifiants, car le succès de ces technologies pourrait se traduire littéralement par des billions de dollars de résultats économiques. Un exemple : selon les données les plus récentes de l’Agence internationale de l’énergie, en 2006 le gouvernement des États-Unis a investi seulement 3 milliards de dollars dans la recherche et le développement énergétiques. En dollars ajustés de l’inflation, cela représente un déclin d’environ 40 % depuis le début des années 1980, et cela équivaut aujourd’hui aux dépenses militaires des États-Unis pendant un jour et demi.
La situation est d’autant plus décourageante quand on y regarde de plus près. Les financements consacrés par les États-Unis aux énergies renouvelables (solaire, éolienne, géothermique, de l’océan et la bioénergie) représentent au total seulement 239 millions de dollars, soit trois heures du budget de la défense. Les dépenses pour la capture et la séquestration du carbone équivalaient à juste 67 millions de dollars, et celles consacrées à l’efficacité énergétique de tout type (construction, transports et industrie) se montaient à 352 millions de dollars.
Le développement de nouvelles technologies énergétiques n’incombe naturellement pas aux seuls Etats-Unis. La coopération mondiale autour de ces technologies est nécessaire à la fois pour augmenter les réserves et pour s’assurer que l’utilisation de cette énergie respecte l’environnement, notamment pour détourner le changement climatique anthropique de l’utilisation des carburants fossiles. Non seulement ce serait bénéfique d’un point de vue économique, mais la politique en profiterait aussi, car cela permettrait d’unir le monde dans notre intérêt commun plutôt que de le diviser dans une lutte amère autour de réserves de pétrole, de gaz et de charbon qui s’amenuisent.
source : http://www.project-syndicate.org/commentary/sachs140/French
Tags: l’énergie, Moyen-Orient

by Nouriel Roubini
NEW YORK – Il ne fait plus de doutes que les Etats-Unis sont en récession. Il s’agit donc de savoir si celle-ci sera de courte durée et superficielle, ou longue et profonde. La question importe pour les Etats-Unis autant que pour le reste du monde.
La réponse dépend du type de la récession américaine.Si elle est courte et superficielle, une croissance suffisante partout ailleurs limitera les dégâts à un léger ralentissement mondial. Mais si elle est longue et profonde, elle risque d’avoir pour conséquences une récession totale dans plusieurs pays (Royaume-Uni, Espagne, Irlande, Italie et Japon) et même des crises financières dans les économies de marché émergentes.
En principe, la récession américaine pourrait être en forme de « V », de « U », de « W » ou de « L ». Lequel de ces scénarios est le plus probable ?
Le consensus actuel veut que la récession sera en « V » – courte et superficielle –, comme celles de 1990/1991 et de 2001 qui ont duré chacune huit mois. La plupart des analystes prévoient une baisse du PIB au premier semestre et une hausse au deuxième semestre 2008.
Pour ma part, je prédis une récession plus longue et profonde, d’au moins douze mois à éventuellement dix-huit mois – soit l’une des plus graves récessions du pays depuis des décennies – car la macroéconomie et les conditions financières actuelles sont loin d’être au beau fixe.
Premièrement, les Etats-Unis traversent la récession immobilière la plus sévère depuis la Grande dépression et ne sont pas prêts de sortir de cette situation. La construction de nouveaux logements a baissé d’environ 50 % et les ventes immobilières de plus de 60 %, ce qui entraîne un surplus d’offre, donc un effondrement des prix – 10 % jusqu’à présent et probablement 10 % de plus cette année et en 2009.
2,2 trillions de dollars de richesses ont déjà été liquidés. Environ huit millions de foyers sont en « negative équity » : la valeur de leur maison est inférieur à celle de l’emprunt contracté pour la payer. D’ici 2010, la chute des prix immobiliers atteindra près de 30 %, avec 6,6 trillions de valeurs nettes d’hypothèque anéanties et 21 millions foyers – 40 % des 51 millions ayant un emprunt – en negative equity. Si les propriétaires quittent leurs maisons, les pertes de crédit pourraient atteindre un trillion de dollars ou plus, balayer la majeure partie du capital du système financier américain et provoquer une crise bancaire systémique.
Deuxièmement, les faibles dépenses de capital dans le secteur privé en 2001 (représentant 10 % du PIB) sont à l’origine de la récession. Aujourd’hui, c’est la consommation des ménages (70 % du PIB) qui bat de l’aile. Les consommateurs américains sont fatigués de faire des achats, sans épargne, surendettés (136 % des revenus en moyenne) et secoués par maints chocs négatifs.
Troisièmement, les Etats-Unis traversent leur plus grave crise financière depuis la Grande dépression. Après les crédits hypothécaires à risque (sub-primes), les pertes financières se propagent aux crédits moins risqués (near-primes), aux crédits sûrs (prime mortgages), ainsi qu’à l’immobilier commercial et aux crédits à la consommation non garantis (cartes de crédit, prêts automobile, prêts étudiants). Le total des pertes – composé probablement d’un trillion de dollars en emprunts et produits de titrisation – pourrait s’élever à 1,7 trillions de dollars.
La note étant très élevée, les Etats-Unis pourraient se trouver face à une récession en forme de « W ». La grande question est de savoir si le dégrèvement accordé aux foyers américains mi 2008 sera dépensé – et conduira à une croissance positive de trois-quarts – ou épargné. Les budgets des foyers américains sont tellement serrés qu’une bonne partie du dégrèvement servira probablement à remettre à flot les comptes cartes de crédit (ou d’autres crédit à la consommation non garantis) ou à retarder la délinquance hypothécaire.
Heureusement, une période rappelant le « L » de la stagnation économique prolongée – comme au Japon dans les années 90 – est improbable. Le Japon a attendu près de deux ans après que la flambée de ses actifs s’est éteinte pour soulager la politique monétaire et donner une impulsion fiscale, alors qu’aux Etats-Unis, les deux étapes se sont produites plus tôt. De plus, tandis que le Japon a repoussé durant des années la restructuration des secteurs d’affaire et bancaire, aux Etats-Unis, les mesures privées et surtout publiques en vue de restructurer les éléments d’actifs et les entreprises seront renforcées et plus agressives.
Pourtant, en raison d’une grave crise financière, de la baisse des prix immobiliers et d’une crise du crédit, les Etats-Unis font face à la plus longue et la plus profonde des dernières décennies, anéantissant tout espoir d’atterrissage en douceur pour le reste du monde. Si une récession mondiale peut être évitée, ce ne sera pas le cas d’un ralentissement marqué de la croissance. Nombre d’économies européennes ralentissent déjà, certaines entrant même en récession. La Chine et l’Asie sont particulièrement vulnérables, compte tenu de leurs liens commerciaux avec les Etats‑Unis. Les marchés émergents souffriront lorsque la récession américaine et le ralentissement mondial ébranleront les prix des matières premieres.
source : http://www.project-syndicate.org/commentary/roubini5/French