Publié par : crise2007 | octobre 15, 2008

Maroc : Hausse des taux d’intérêt : un sursis de 3 mois accordé par les banques

Maroc : Hausse des taux d’intérêt : un sursis de 3 mois accordé par les banques

 

 

S.A

Elles ont accepté la demande de Bank Al Maghrib de ne pas répercuter la hausse du taux directeur immédiatement.
La clientèle qui a des crédits à taux variables est la plus exposée. Désormais, pour plus de prudence, les taux fixes seront certainement les plus prisés.
A plus long terme, les banques ne pourront pas continuer longtemps de rogner sur leurs marges.

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L’inflation est la hantise des banques centrales. Ce constat s’est une nouvelle fois vérifié avec la dernière hausse de 25 points de base (pb), à 3,50%, du taux directeur de Bank Al Maghrib. L’échéance a été retardée pendant quelques mois, mais l’évolution de l’indice des prix à la consommation est telle qu’il était impossible de maintenir inchangé ce taux auquel se refinancent les banques auprès de l’institut d’émission. A fin août, les prix ont progressé de 4,8 % par rapport à la même période de l’année précédente, après un pic de 5,1 % en juillet.

Pour le troisième trimestre, Bank Al Maghrib anticipe 4,6% et une moyenne de 3,9% pour l’ensemble de l’année, soit plus que ce qui était initialement prévu. Contrairement à ce qu’espéraient ses économistes, il n’y a donc pas eu d’accalmie et l’incertitude demeure quant à l’évolution des prix des produits agricoles sur le marché international des produits de base, et des cours du baril qui ont sensiblement pesé sur le marché intérieur.

Au vu de cette situation, la récente décision de Bank Al Maghrib ne constitue absolument pas une surprise. Nous avions, dans ces mêmes colonnes, fortement penché, durant les mois passés, pour l’hypothèse d’une hausse des taux (voir La Vie éco du 4 juillet 2008).

Le fait nouveau est que le gouverneur Abdellatif Jouahri a pris le public (opérateurs économiques, pouvoirs publics et simples citoyens) à témoin pour mettre la pression sur les banques, les invitant à ne pas répercuter cette correction sur la clientèle. En effet, les remboursements seront plus lourds pour de nombreuses personnes qui ont souscrit des crédits à taux variable, et dont certaines risquent le surendettement.

Pour M. Jouahri, les banques ont suffisamment de «gras» – il n’a peut-être pas tort sur ce point si l’on se réfère aux premiers résultats semestriels qui viennent d’être publiés et à ceux des années passées – pour absorber ce mini choc. «C’est une démarche habile, mais qui relève davantage de considérations civiques», commente un observateur. Le renoncement des banques relèverait donc de l’utopie.

En effet, la hausse mécanique à due concurrence (c’est-à-dire 25 pb) du taux moyen pondéré interbancaire (taux auquel les institutions financières se prêtent entre elles à court terme) résultant de cette décision de resserrement monétaire aurait pu, il y a encore un an ou deux, s’arrêter au niveau du passif des établissements bancaires. Mais les temps ont changé.

Le système bancaire est passé, en quelques trimestres, d’une surabondance de liquidités, ayant pour corollaire un coût de refinancement tiré à la baisse par les ressources «gratuites», à une situation de manque de dépôts impliquant un plus fort recours au marché monétaire comme en attestent les statistiques du GPBM à fin août 2008, qui dégagent des progressions annuelles de 132% et 81% au niveau des emprunts de trésorerie et valeurs données en pension (au jour le jour et à terme).

L’explication de ce revirement est somme toute assez simple : la montée en puissance des encours de crédits, notamment pour le financement de l’immobilier et des crédits corporate (chantiers d’infrastructure, tourisme..), a créé un effet d’aspiration sur les ressources qui ont, elles, progressé moitié moins vite. Ainsi, Attijariwafa bank, un des poids lourds du secteur, annonce une augmentation des créances de 15,2% au terme du premier semestre, par rapport à décembre 2007, alors que les dépôts n’ont progressé que de 9,2%. Cette situation prévaut pratiquement dans l’ensemble des banques tant la course aux parts de marché fait rage.

A fin août 2008, le coefficient d’emploi (crédits à l’économie/ressources) du système bancaire a encore progressé de 11,1%, par glissement annuel, pour atteindre 85% contre à peine 60% il y a quelques années. Il était de 52% en 2005, avant de monter à 70% en 2006 et à 76 % en 2007.

Pour ne pas freiner leur production de crédits et éviter d’être en porte-à-faux avec le ratio de liquidité auquel elles sont soumises, les banques se sont lancées, entre-temps, dans une chasse aux dépôts en surpayant les dépôts à terme (DAT) collectés auprès de la clientèle. Celle-ci s’est vu en effet servir des taux dépassant allégrement les 4% (du jamais vu) alors que les taux débiteurs ont atteint, eux, des niveaux plancher.

Les banques se montrent beaucoup plus rigoureuses dans l’étude des dossiers de crédit
La hausse du taux directeur intervient donc à un moment où les tensions sur les liquidités ont déjà conduit les banques à revoir leur politique de crédit. Certaines ont déjà procédé, depuis quelques mois, à une hiérarchisation des secteurs en terme d’allocation maximale de crédits (une sorte de rationnement du crédit).

D’autres ont déjà commencé à pratiquer une plus grande sévérité dans la tarification du crédit, notamment pour les PME et les sociétés de financement. On voit mal comment les banques rechigneraient à répercuter sur la clientèle le renchérissement du coût marginal de refinancement qui leur est imposé. Ceux qui appellent à rogner sur des marges déjà assez confortables omettent que, sur la plupart des segments de clientèle, l’effet volume compense la dégradation continue de l’effet marge (à volume de crédit constant, plusieurs banques accuseraient des baisses brutales de leurs marges d’intermédiation).

Sans compter que le relèvement récent du ratio de solvabilité de 8% à 1% par BAM exige des banques qu’elles renforcent leur assise de fonds propres, en jouant sur une rétention plus élevée des bénéfices et/ou sur la levée de dettes subordonnées. Certaines d’entre elles ont tout bonnement sollicité leurs actionnaires. Ces décisions peuvent être judicieuses, mais pour préserver leur niveau de rentabilité des fonds propres, dans une phase d’expansion des fonds propres, elles doivent plutôt veiller à améliorer leur produit net bancaire (PNB) et le résultat net. Cela leur permettra d’être mieux à même de répondre à la demande de crédit.

Les contraintes ne se limitent pas au volet interne. Pour la plupart cotées en Bourse, les banques ne prendront pas le risque de présenter au marché des prévisions de résultats moins mirobolantes que par le passé. Cela pourrait se traduire immédiatement par un décrochage des cours. Une responsabilité qu’aucun manager, fût-il doté d’un profond esprit civique, ne voudrait endosser. Mieux, comme tout marché peut se retourner, il est plus prudent, tant que c’est possible, de se constituer un matelas pour prévenir d’éventuels jours difficiles.

En outre, on est sur un marché libre. Les établissements de crédit peuvent fixer leur prix à leur guise, en fonction de la qualité des dossiers qui leur sont présentés, dans les limites légales fixées par la banque centrale.

Aussi louable soit-elle, la requête que le gouverneur a adressée aux banques se heurte à ces facteurs économiques.

D’ailleurs, avant même la nouvelle donne, les taux débiteurs, en particulier ceux des crédits à l’immobilier, avaient commencé à prendre de la hauteur, suivant en cela le rendement des bons du Trésor à moyen et long termes sur le marché secondaire qui, en l’absence d’adjudications sur le marché primaire, restent la référence.

Une attention particulière pour les catégories socioprofessionnelles les plus faibles
Mais, lors de la réunion avec Bank Al Maghrib, tenue le 29 septembre, les banques ont accepté de ne pas répercuter dans l’immédiat la hausse sur la clientèle, en particulier sur les catégories socioprofessionnelles les plus faibles. Elles se donnent trois mois avant de prendre une décision qui convienne à la situation de leur établissement.

Selon un financier d’un grand groupe, les opérateurs sont tout de même dans une phase d’incertitude. Il souligne que, indépendamment des décisions sorties des discussions entre Bank Al Maghrib et les banques, il faudra surveiller trois indicateurs.

Le premier, celui qui détermine en grande partie l’orientation des taux, est l’inflation. Si les tensions persistent, la tendance sera forcément à la hausse. Eu égard aux facteurs exogènes, il est peu facile de prédire une quelconque trajectoire.

Le deuxième est le comportement du Trésor qui, depuis plusieurs mois, n’a fait aucune émission sur le moyen et long termes, ce qui a, entre autres, perturbé les mécanismes du marché. Jusque-là, le bon niveau de recouvrement des impôts lui a permis de faire face à ses engagements. L’avenir dépendra de la capacité de l’économie à maintenir une croissance vigoureuse et donc à générer des ressources fiscales plus significatives. Le cas échéant, il n’y aura pas une forte pression sur le marché de nature à tirer les taux à la hausse et ce d’autant plus que certains opérateurs expriment de gros besoins de financement.

Le troisième est l’attitude de Bank Al Maghrib. La question est de savoir si elle va continuer à servir des liquidités. L’institut d’émission est en fait pris en tenaille entre sa volonté de juguler l’inflation – qui peut être entretenue par une politique monétaire expansive – et son désir de faciliter le financement de l’économie.

S’ajoute à ces paramètres une autre inconnue : le nouveau système de fixation des taux plancher qui devrait entrer en vigueur en 2009.

La même source souligne que la prudence veut que l’on privilégie le financement à taux fixe, qu’on soit entreprise ou particulier, en attendant de voir comment va évoluer le marché

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SOURCE : http://www.lavieeco.com/Economie/hausse-des-taux-dinteret-un-sursis-de-3-mois-accorde-par-les-banques

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