Publié par : crise2007 | novembre 4, 2007

Les banques américaines dans la tourmente

Les banques américaines dans la tourmente

olatile »… Le terme revient en boucle dans la bouche des analystes américains. La situation est « volatile », manière de dire que l’on ne voit plus très bien où l’on va. Et que si le pire n’est jamais sûr, il n’est pas non plus exclu. Aux indicateurs économiques rassurants récemment publiés répond, note le Wall Street Journal, une « anxiété » croissante et explicite des marchés financiers.Vendredi 2 novembre, lors des nombreux débats sur les chaînes de télévision spécialisées, analystes et experts ont rivalisé de certitudes contradictoires, qui évoquant la perspective d’une « débâcle » bancaire, qui assurant que les « rumeurs alarmistes exagérées » et la « morosité » des milieux d’affaires seraient de peu de poids devant la bonne santé fondamentale de l’économie américaine. PDG d’ING Etats-Unis, Cathy Murphy admettait sur Fox Business Network que « les investisseurs particuliers deviennent nerveux », les conjurant de ne pas « surréagir » face aux craintes diffuses des marchés.

En soirée, cependant, la morosité était montée d’un cran : la dernière « rumeur » diffusée par le site Internet du Wall Street Journal voulait que le PDG de Citigroup, Charles Prince, ait l’intention de démissionner lors de la réunion « d’urgence » de son conseil d’administration convoquée pour ce week-end. Si tel était le cas, il serait le second patron d’une grande banque américaine poussé vers la sortie, après Stanley O’Neal, son homologue de Merrill Lynch, mardi 30 octobre.

Les indicateurs, donc. A la « divine surprise », mercredi, de la croissance au troisième trimestre – 3,9 %, supérieure de 1 point aux prévisions des analystes – s’est ajoutée vendredi 2 novembre celle du marché du travail. L’économie américaine a généré 166 000 embauches nettes en octobre, soit deux fois plus que prévu. Ce chiffre vient conforter la banque centrale américaine, la Fed, dans sa conviction que la clé pour résorber la menace de récession est de garantir le niveau de la consommation des ménages – et donc à la fois de maîtriser le risque inflationniste et de préserver le très faible taux de chômage (resté inchangé en octobre, à 4,7 %).

Les inquiétudes, ensuite. Elles se sont précisément focalisées, vendredi, sur les deux grandes banques précitées. Merrill Lynch a perdu dans la journée 8 % à Wall Street. Motif de ce coup de bambou : une information – non validée – selon laquelle la banque d’affaires aurait conclu des accords avec des hedge funds (fonds spéculatifs) au deuxième trimestre pour que ceux-ci « récupèrent » pour une durée d’un an une partie de ses actifs dépréciés, afin que la banque puisse afficher des résultats honorables en dissimulant des milliards de dollars de pertes.

Cette dépréciation s’est effectivement produite, au troisième trimestre, pour un montant de 8,4 milliards de dollars (5,8 milliards d’euros). Mais la « rumeur » de vendredi, selon tous les analystes, porte un préjudice inestimable à la crédibilité de l’institution financière. Dans un communiqué où chaque mot était pesé, Merrill Lynch a annoncé n’avoir « aucune raison de penser que de telles transactions inappropriées ont eu lieu ». Les initiés en ont conclu que l’opération de dissimulation a effectivement été montée et que son « responsable » désigné devra, seul, porter le chapeau. L’autorité des marchés financiers, la Securities and Exchange Commission (SEC), a ouvert une enquête.

CRAINTE D’UNE CONTAGION

De son côté, Citigroup a vu sa valeur boursière réduite de 20 % depuis le 12 octobre (elle a encore baissé de 2,3 % vendredi). Le bénéfice net de la première banque américaine de dépôts a chuté de 57 % au troisième trimestre. Elle a déjà perdu plus de 3 milliards de dollars sur ses titres de crédits à risques et 1,56 milliard de dollars au dernier trimestre sur son portefeuille de titres obligataires.

Surtout, l’initiative que la banque, très active sur le marché des prêts hypothécaires à risques, a prise en octobre avec le Trésor américain – la constitution d’un fonds de 75 milliards de dollars pour parer aux échéances non remboursées des emprunteurs, et donc à la menace d’effondrement accru des titres boursiers basés sur les prêts à risques – pourrait s’avérer très insuffisante.

Selon l’économiste Mark Zandi, de l’agence de notation Moody’s, un quart des 2 450 milliards de dollars de prêts hypothécaires à risques sont détenus par des emprunteurs non solvables ou en difficulté. Les pertes globales du secteur bancaire et boursier pourraient, selon lui, atteindre 225 milliards de dollars.

Ces prévisions pessimistes corroborent un récent rapport des services économiques de J.P. Morgan Chase, selon lequel les pertes des organismes de crédit devraient s’aggraver en 2008. Conséquence directe, le rapport pronostique à la fois une forte réduction de la capacité des banques à avancer des fonds et une baisse notable du marché immobilier, deux éléments pesant lourdement, par ricochet, sur la consommation des ménages.

Après la seconde réduction en un mois d’un quart de point, par la Fed, de son principal taux directeur, jeudi, l’embellie a été exceptionnellement courte. On se croirait revenu en juillet, lorsque la Fed était accusée de « passivité ». La crainte se répand d’une contagion de la crise du crédit et de la construction à d’autres secteurs de l’économie américaine, qui se conjuguerait aux difficultés accrues des banques. Le patron de la Fed, Ben Bernanke, laisse entendre, lui, que la récente baisse des taux devrait être la dernière avant longtemps, laissant les analystes financiers plus que sceptiques.

Sylvain Cypel

 

source : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3234,36-974166,0.html?xtor=RSS-3208

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