Publié par : crise2007 | novembre 20, 2007

Bon marché, le pétrole à 100 $ ?

Bon marché, le pétrole à 100 $ ?

par Chris Gilpin
Vous vous rappelez quand la plupart des investisseurs professionnels grognaient parce que le baril de brut à 40 $ était « surévalué », que le brut à 60 $ était « insoutenable » et qu’un baril à 80 $ « n’arriverait jamais » ? Mais nous voilà avec un pétrole dépassant les 90 $ — et montrant beaucoup de motivation pour atteindre les 100 $.

Nous pensons que le brut va effectivement franchir les 100 $, et qu’il continuera à grimper ensuite. Certes, le brut pourrait baisser à court terme, mais sa destination finale est claire : des prix bien plus élevés. Ce sont peut-être de mauvaises nouvelles pour l’économie US, mais ce pourrait être de bonnes nouvelles pour vous, si vous êtes correctement positionné. Oui, mais où ? Commençons par regarder l’ensemble du tableau…

Très simplement, la Terre est en train de se retrouver à court d’un cocktail magique : du pétrole qui soit à la fois de bonne qualité et facile à extraire.

Il y a 20 ans, une douzaine de champs produisaient un million de barils et plus par jour. A présent, ils sont quatre, et l’un d’entre eux, le champ Cantarell, au Mexique, dans la Baie de Campeche, est en train de s’effondrer. PEMEX, la société pétrolière nationalisée mexicaine, prévoit que la production de Cantarell déclinera de 14% par an à partir de maintenant. C’est le scénario optimiste. La production réelle du champ, en 2006, a en fait chuté de 26% ! Si les pires craintes de PEMEX se réalisent, Cantarell passera bientôt sous le million de barils quotidiens, ce qui ne laissera plus que trois champs à un million de barils par jour sur la planète d’ici la fin de l’année.

A la place de ces anciens gros producteurs, on trouve des dépôts compliqués et peu économiques : les sables pétrolifères d’Alberta, les schistes bitumineux des Etats-Unis, le pétrole lourd du Venezuela et les ressources d’Arctique. Ces sources non-conventionnelles sont très coûteuses à exploiter.

Pour remettre les choses en perspectives : les réserves pétrolières conventionnelles d’Afrique du Nord peuvent être extraites pour 4 $ le baril seulement. Mais le coût moyen des sables pétrolifères est estimé à 28 $ le baril, tandis que les coûts des schistes bitumineux peuvent dépasser les 40 $ le baril. Inutile d’être un génie de la finance pour voir que plus nous dépendons du pétrole « non-conventionnel », plus les prix devront grimper.

Et vous savez déjà que la concurrence pour acheter ces barils va en augmentant. La Chine et l’Inde se fraient un chemin sur la scène mondiale, et font monter les enchères pour assurer leur part du pétrole moyen-oriental. Un super-tanker plein de pétrole brut est désormais aussi populaire qu’un taxi un jour de grève : tout le monde essaie de le héler.

Nous avons atteint un tournant en termes de fondamentaux offre/demande pour le brut. Même le PDG de Chevron, David O’Reilly, l’a récemment annoncé : « une chose est claire : l’époque du pétrole facile est révolue ».

N’importe quel économiste vous dira qu’une fois corrigés en fonction de l’inflation, les prix du brut ont atteint leur sommet en 1980, durant la crise énergétique provoquée par la guerre Iran-Irak. Entre avril et juillet de cette année, un baril de pétrole se vendait 39,50 $. En utilisant les chiffres gouvernementaux US de l’indice des prix à la consommation (IPC), ce prix record pour le baril est estimé à 90 $-102 $, en dollars actuels.   

Mais ces chiffres de l’IPC sont extrêmement douteux.

John Williams, de Shadow Government Statistics, fait partie des spécialistes qui suivent de manière indépendante les données financières afin de tenter de fournir une image plus honnête de l’état de l’économie. Williams a recalculé l’IPC de manière à ce qu’il suive ses versions précédentes — contrairement au gouvernement, qui bidouille la formule chaque fois qu’il le juge nécessaire. A défaut d’autre chose, défaire les nombreux changements appliqués à la formule de l’IPC au cours des ans nous permet de comparer des pommes à des pommes, en matière d’inflation, plutôt que des pommes à des citrouilles génétiquement modifiées.

Si l’on suit l’IPC tel qu’il était calculé en 1980, le taux d’inflation actuel aux USA est 7% plus élevé que l’annoncent les statistiques « officielles ». Donc au lieu d’avoir une inflation ne dépassant pas les 3%, comme voudrait le faire croire le gouvernement américain, si l’on se base sur les calculs de Williams, on se rapproche plutôt de 10%.

Bud Conrad, économiste en chef chez Casey Research, a confirmé grâce à ses calculs que 10% est une estimation bien plus réaliste de l’inflation américaine que les 3% avancés par le gouvernement US. En utilisant les chiffres de Shadowstats, Bud a calculé l’historique des cours du pétrole avec la méthode de l’indice des prix à la consommation de 1980. Il s’avère que le baril de brut à 39,50 $ en 1980 équivaut à plus de 200 $ en billets verts anémiques actuels.

Dans un tel contexte, les prix du brut sont loin de leur sommet historique, et le pétrole à 100 $ semble plutôt bon marché. Avec tout ce qui se passe actuellement au Moyen-Orient — où le monde va encore chercher une bonne partie de son pétrole — et les preuves qui s’accumulent (comme à Cantarell) que le Peak Oil est bel et bien là, les chances de voir le brut grimper bien plus haut vont en augmentant de jour en jour.

D’autres chocs énergétiques potentiels nous guettent. Par exemple : confronté à l’épuisement de Cantarell, pendant combien de temps pensez-vous que le gouvernement mexicain va continuer à autoriser l’exportation sans restriction du pétrole de son pays vers les Etats-Unis ? Des quotas pourraient être mis en place du jour au lendemain.

Autre moyen d’envisager l’ensemble du tableau : examiner la pondération des divers secteurs dans le S&P 500 au cours du temps. Grâce à sa formation de mathématicien, Marin Katusa, stratégiste investissement chez Casey Energy Speculator, a utilisé cette méthode pour évaluer avec beaucoup d’exactitude les dislocations qui se produisent sur les marchés. Si l’on observe la taille relative des divers composants du S&P 500 les uns par rapport aux autres dans l’ère moderne, on peut facilement voir les phases durant lesquelles certains secteurs sont en déséquilibre significatif par rapport aux normes historiques.

Les chiffres de Marin nous montrent que la pondération du secteur de l’énergie a spectaculairement augmenté durant la crise énergétique de 1979-1980, atteignant un sommet relatif de près de 30% de la valeur du S&P 500. Depuis, la part de l’énergie a chuté durant deux décennies. Ce n’est que récemment, avec la hausse des prix du pétrole, que les actions énergétiques ont grimpé à nouveau — pour représenter une part plus grande encore du S&P 500. Cependant, même si les actions du secteur de l’énergie couvrent une plus grande proportion du S&P 500 aujourd’hui qu’en 1999, elles sont encore loin de leur ancienne domination.

Il est intéressant de constater que la hausse la plus nette a été celle du secteur financier, qui est passé de 5% à 20% ces 30 dernières années, nourri par l’expansion de crédit et les politiques monétaires souples. Cette tendance semble être en train de s’inverser.

Il est également intéressant de voir de quelle manière la bulle des dot.com a faussé les marchés. A l’époque, les technologiques ont occupé jusqu’à un tiers de la valeur du S&P 500. Durant la dernière crise énergétique, le secteur de l’énergie avait atteint le même niveau. A 9,3%, la pondération actuelle des valeurs de l’énergie montre qu’elles ont encore de la marge à la hausse. Le marché haussier de ces dernières années a été positif pour tous les secteurs, et seules les financières ont été mises à mal récemment, mais à mesure que la crise énergétique naissante prendra de la vitesse, les entreprises du secteur de l’énergie pourraient tout à fait reprendre le statut qu’elles occupaient en 1979-1980.

Il est également important de noter qu’il y a une corrélation négative significative entre les secteurs de l’énergie et des services financiers. Ils évoluent dans la direction opposée dans 79% des cas ; c’est-à-dire que lorsque l’un grimpe, l’autre baisse quasiment quatre fois sur cinq. Mathématiquement parlant, c’est une relation tout à fait solide. Alors que les financières vacillent sous les coups du credit crunch, cet indicateur technique montre que les valeurs énergétiques ont tout pour grimper.

L’ère du pétrole atteint un point de bascule, et l’Occident — comme plus grand utilisateur de pétrole au monde — n’est pas dans une position enviable. Les investisseurs individuels n’ont pas à en souffrir autant, cependant. La première étape pour protéger votre richesse, c’est d’envisager les cours du pétrole et des actions énergétiques dans leur contexte historique. 90 $ le baril, ce n’est pas un pic — ce n’est qu’un précurseur de l’influence du Peak Oil.

Les gains significatifs que nous avons vus pour certaines valeurs du secteur de l’énergie ne sont rien en comparaison de ceux qui pourraient se concrétiser lorsque la prochaine crise énergétique prendra toute son ampleur : ne manquez pas le coche.

Meilleures salutations,

Chris Gilpin
Pour la Chronique Agora

(*) Chris Gilpin est membre de l’équipe de recherche sur l’énergie de Casey Research, LLC. Energy. Il contribue également à la lettre d’information américaine Casey Energy Speculator.

source :  1 – http://www.la-chronique-agora.com/articles/20071119-432.html

                2 – http://www.la-chronique-agora.com/articles/20071120-436.html


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