Publié par : crise2007 | décembre 4, 2007

Destruction imminente de l’économie étasunienne !

Destruction imminente de l’économie étasunienne !

 

 

Par Paul Craig Roberts
​​​​L’orgueil démesuré et l’arrogance sont trop confortablement installés à Washington pour que les responsables politiques soient conscients du piège dans lequel ils ont mis l’économie étasunienne. Si l’effondrement du prêt hypothécaire à haut risque est moitié moins pire que prévu, de faibles taux d’intérêt étasuniens seront nécessaires pour contenir la crise. Mais si le sort du dollar est moitié moins pire que prévu, des taux d’intérêt élevés seront nécessaires pour que les étrangers continuent à désirer des dollars et pour financer le déficit budgétaire et commercial.

 

​​​​Que sacrifiera Washington, le système financier intérieur et la propriété immobilière surdéveloppée ou bien sa capacité à financer les déficits ?

 

​​​​La réponse semble évidente. Tout devra être sacrifié pour protéger la capacité de Washington à emprunter à l’étranger. Sans la possibilité d’emprunter à l’étranger, Washington ne peut pas mener ses guerres d’agression, et les Étasuniens ne peuvent pas chaque année continuer à consommer pour 800 milliards de dollars de plus que n’en produit leur économie.

 

​​​​Il y a quelques années, l’euro valait 0,85 dollar. Aujourd’hui, il vaut 1,48 dollar. C’est une énorme baisse [1] de la valeur de change du dollar. Les étrangers qui financent le budget des États-Unis et ses déficits commerciaux ont connu une énorme perte sur la valeur de leurs avoirs en dollars. Pour les étrangers, le taux d’intérêt sur les obligations du Trésor des États-Unis est loin de compenser la baisse de la valeur du dollar par rapport aux autres monnaies échangées. Les retours sur investissement dans l’immobilier et dans les actions ne compensent pas les pertes dues à la baisse de la valeur du dollar.

 

​​​​La Chine détient plus d’un billion de dollars, [2] et le Japon près d’un billion de dollars en actifs libellés. D’autres pays ont des sommes moindres, mais toujours considérables. Comme le dollar US est la monnaie de réserve, tous les portefeuilles d’investissement du monde en sont surchargés.

 

​​​​Aucun pays ne veut détenir des actifs qui se déprécient, et aucun pays ne veut acquérir davantage d’actifs qui se dévaluent. Afin de se rassurer, Wall Street fait valoir que les pays étrangers sont coincés dans l’accumulation de dollars pour protéger la valeur de leurs avoirs actuels dans cette monnaie. Mais c’est une absurdité totale. Le dollar US a perdu 60% de sa valeur durant l’actuelle administration. De toute évidence, les pays ne sont pas bloqués dans l’accumulation des dollars.

 

​​​​La raison pour laquelle le dollar ne s’est pas complètement effondré, c’est qu’il n’y a pas d’alternative évidente à la monnaie de réserve. L’euro est une monnaie apatride. C’est l’unité monétaire de l’Union Européenne, mais les pays de l’Europe n’ont pas abandonné leur souveraineté à l’UE. Par ailleurs, le Royaume-Uni, un membre de l’UE, conserve la livre britannique [3]. Le fait qu’une monnaie aussi exposée politiquement que l’euro puisse augmenter si rapidement en valeur par rapport au dollar US est une grande preuve de la faiblesse du dollar.

 

​​​​Le Japon et la Chine ont volontairement accumulé des dollars en échange de leur pénétration dans les marchés intérieurs des États-Unis et de leur conquête de ceux-ci. Le Japon et la Chine ont vu dans leur économie nationale la création d’une capacité productrice et de richesses en réussissant leurs exportations en contrepartie de la perte de valeur de leurs avoirs en dollars. Pourtant, ces deux pays ont vu l’issue inéluctable, ignorée par Washington et les économistes étasuniens : Par la délocalisation à l’étranger de la production destinée aux marchés étasuniens, les USA n’ont aucune perspective de clôture de leur déficit commercial. La production délocalisée des entreprises est considéré comme de l’importations quand elle revient aux États-Unis pour y être commercialisée. Plus la production des États-Unis déménagera à l’étranger, moins il y aura d’exportation et plus augmenteront les importations.

 

​​​​Le Japon et la Chine, en fait le monde entier, se rendent compte qu’ils ne peuvent continuer éternellement à donner aux Étasuniens des biens véritables et des services en échange du dollar papier se dépréciant. La Chine s’emploie à transformer son développement intérieur et à compter sur son marché intérieur potentiellement énorme. Le Japon s’attache à l’espoirs de participer au développement économique de l’Asie. Le déclin du dollar fait que les étrangers accumulent les nouveaux dollars à un rythme plus lent. Ils continuent encore à accumuler des dollars, mais moins. Comme de nouveaux dollars sont toujours en cours de production à rythme élevé, leur valeur a chuté.

 

​​​​Si les étrangers cessaient d’accumuler les nouveaux dollars, la valeur du dollar devrait plonger. Si les étrangers réduisaient leurs avoirs actuels en dollars, la superpuissance des États-Unis disparaîtrait sur-le-champ.

 

​​​​Les étrangers ont continué à accumuler des dollars dans l’espoir que, tôt ou tard, Washington s’attellerait au problème de son commerce et de ses déficits budgétaires. Mais à présent, ces déficits semblent avoir dépassé le point de non-retour.

 

​​​​La forte baisse du dollar n’a pas arrêté le déficit commercial en augmentant les exportations et en réduisant les importations. La délocalisation empêche la possibilité de réduire le déficit commercial par les exportations, et les Étasuniens sont désormais tributaires des importations (notamment de la production délocalisée à l’étranger), contre lesquelles il n’y a plus aucune alternative de production nationale. Le déficit commercial des États-Unis finira quand les étrangers cesseront de le financer.

 

​​​​Le déficit budgétaire ne peut pas être équilibré par l’impôt sans arrêter le chômage et la pauvreté. Le revenu moyen de la famille étasunienne n’a eu aucune augmentation réelle au cours du 21ème siècle. Et qui plus est, si on retire des statistiques du revenu les énormes primes versées aux dirigeants des entreprises, pour la délocalisation de leurs sociétés de production, et à Wall Street, pour le marché des produits dérivés du prêt immobilier à haut risque, les Étasuniens ont une baisse des revenus réels. Certaines études, comme Economic Mobility Project (projet de mobilité économique), trouvent sur le long terme une réduction du revenu moyen réel chez certains groupes de population des États-Unis et le déclin de l’ascension dans l’échelle sociale [NDT : c’est-à-dire le déclin de la promotion sociale, par exemple, dans les entreprises avec l’ancienneté].

 

​​​​La situation pourrait même être plus désespérée. Les récents travaux de Susan Houseman concluent que les systèmes de statistiques des données, qui ont été mis en place avant l’avènement de la délocalisation, recensent certaines productions étrangères comme une partie de la productivité des Etats-Unis qui joue pour la croissance du PIB, ce qui par conséquent surestime la performance réelle de leur économie.

 

​​​​La chute du dollar a poussé le pétrole à 100 dollars le baril, ce qui, à son tour, fait monter d’autres prix. La chute du dollar signifie que les importations et la production délocalisée, dont dépendent les Étasuniens, vont voir leur prix augmenter. Ce n’est pas une recette pour engendrer la montée des revenus réels aux États-Unis.

 

​​​​Au 21ème siècle, l’économie étasunienne a été alimentée par des consommateurs s’enfonçant plus profondément dans la dette. La politique du taux d’intérêt faible d’Alan Greenspan, le président de la Réserve Fédérale, a fourni la plus grande impulsion à la consommation alimentée par l’augmentation de l’endettement. Greenspan a dissimulé les effets négatifs de la délocalisation sur l’économie étasunienne en manigançant le boom de l’immobilier. Ce boom a créé des emplois dans la construction et dans les sociétés financières, et il a fait monter les prix de l’immobilier, créant ainsi des capitaux à dépenser pour les consommateurs afin de maintenir leur demande en augmentation [4].

 

​​​​Cette source de croissance économique est épuisée et en implosion. Toutes les conséquences des faillites immobilières doivent encore être réalisées. Les consommateurs étasuniens, qui manquent de revenus discrétionnaires, ne peuvent payer des impôts plus élevés qu’en réduisant leur consommation. Les activités de services, qui ont apporté la seule source de nouveaux emplois au 21ème siècle, connaissent déjà une diminution de demande. L’augmentation des impôts entraînerait la saisie des biens généralisée.

 

​​​​Comme John Maynard Keynes et ses partisans le précisent, l’augmentation des impôts sur une récession économique est la formule pour faire chuter les recettes fiscales en plus de la misère économique.

 

​​​​La superpuissance étasunienne est une nef de fous refusant l’évidence de son état critique. Bien que la délocalisation détruise ses perspectives économiques, les économistes du marché libre exaltent ses louanges. Bien que la guerre impose des coûts faramineux au pays en faillite, les néo-conservateurs appellent à plus de la guerre, et Républicains et Démocrates affectent des fonds de guerre qui ne peuvent venir que d’emprunts à l’étranger.

 

​​​​En focalisant les États-Unis sur la guerre au Moyen-Orient, dans le but d’assurer l’expansion territoriale d’Israël, la branche exécutive et législative, avec les médias, ont laissé échapper la dernière opportunité de remise en ordre dans leurs finances. Nous sommes arrivés au point où il n’est plus effronté de dire que rien ne peut être fait à présent. À moins que le reste du monde décide de couvrir notre redressement économique, les éclats tomberont là où ils pourront [5].

​​​​Paul Craig Roberts fut Secrétaire Adjoint au Trésor dans l’administration Reagan. Il est l’auteur de Supply-Side Revolution : An Insider’s Account of Policymaking in Washington ; Alienation and the Soviet Economy et Meltdown: Inside the Soviet Economy, et est coauteur avec Lawrence M. Stratton de The Tyranny of Good Intentions : How Prosecutors and Bureaucrats Are Trampling the Constitution in the Name of Justice. Clic ici pour l’entrevue [en anglais] de Peter Brimelow de Forbes Magazine avec Roberts au sujet de la récente épidémie d’inconduite des procureurs.

Original : http://www.vdare.com/roberts/071127_destruction.htm
Traduit au mieux par Pétrus Lombard pour Alter Info

Notes du traducteur

 

​​​​1- Ce qui fait que le dollar a perdu 74,1% de sa valeur par rapport à l’euro.

 

​​​​2- On a parlé d’environ 1.300 milliards de dollars.

 

​​​​3- Parmi les anciens pays de l’UE n’ayant pas adopté l’euro on trouve le Royaume-Uni, le Danemark, la Suède et la Grèce.

 

​​​​4- Le prix de leur maison ou appartement augmentant, les propriétaires ont cru voir leur capital immobilier gonfler, ce qui leur a donné la possibilité, autorisée par la loi, d’obtenir des fonds à dépenser en hypothéquant leur domicile.

​​​​Remarquons que M Sarkozy, grand admirateur des Étasuniens, avait à son arrivée à l’Élysée le même projet que M Greenspan : faire s’endetter les français pour qu’ils s’achètent des home cinéma et une rollex, échangent leur voiture contre un quatre-quatre, et s’éclatent au casino comme les nouveaux riches.

​​​​Heureusement que les Étasuniens sont là pour faire les expériences calamiteuses imaginées par les mondialistes avant qu’ont s’y attelle en France !

​​​​Que fera-t-on demain, quand les Étasuniens entreront de force dans l’Âge du Dépotoir Radioactif ? Qui nous donnera l’exemple à ne pas suivre ?

 

​​​​5- Le plus probable, si les Bush-Cheney n’atomisent pas la planète, est que les armées étasuniennes, quand elles ne pourront plus être payées, continueront sur leur lancée en se mettant à leur compte pour piller et rançonner partout où c’est juteux dans le monde.

 

source : http://www.alterinfo.net/Destruction-imminente-de-l-economie-etasunienne_a14263.html?PHPSESSID=35a4eafe66582135811b2cff8ed1c0fc


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