Publié par : crise2007 | décembre 12, 2007

Dollars et dépression

 Dollars et dépression

J. Bradford DeLong

La chute du dollar provoque une profonde détresse macroéconomique mondiale. Il s’agit aujourd’hui de savoir à quel point cette détresse va s’aggraver. L’économie mondiale court-elle un risque ?

Deux possibilités sont envisageables. Si les épargnants et les investisseurs internationaux s’attendent à une poursuite de la dépréciation du dollar, ils éviteront cette monnaie, à moins qu’ils ne soient incités de façon appropriée à conserver leur argent aux États-Unis et dans ses actifs, ce qui implique que le fossé entre les intérêts des États-Unis et ceux de l’étranger se creuse. En conséquence, le coût du capital aux États-Unis va monter en flèche, décourageant les investissements et réduisant les dépenses de consommation alors que les taux d’intérêt élevés vont réduire la valeur du principal actif des ménages : leur maison.

La récession qui en résulterait pourrait alimenter le pessimisme ambiant et provoquer de nouvelles réductions des dépenses, et accentuer la baisse. Des États-Unis en récession ne serviraient plus d’importateurs de dernier recours au monde, ce qui pourrait bien envoyer aussi le reste du monde dans une récession. Un monde dans lequel tout le monde s’attend à la chute du dollar est un monde en pleine crise économique.

En revanche, un monde dans lequel le dollar a déjà chuté peut envisager d’affronter un trouble économique, mais pas une crise. Si le dollar a déjà chuté – si personne ne s’attend à ce qu’il tombe beaucoup plus bas – alors il n’y a pas de raison de compenser les épargnants et les investisseurs mondiaux qui détiennent des actifs américains.

À l’inverse, dans ce scénario, plusieurs opportunités se présentent : après tout, le dollar peut remonter, les taux d’intérêt américains se retrouver alors à des niveaux normaux, les actifs ne pas connaître de baisse trop importante et les dépenses d’investissement ne pas être affectées par des troubles financiers.

Naturellement, il pourrait bien y avoir des turbulences : quand les salaires américains semblent bas à cause d’un dollar faible, il est difficile d’exporter en Amérique, et les autres pays doivent s’appuyer sur des sources de demande alternatives pour maintenir leurs emplois. Le gouvernement peut avoir à consolider le système financier si les changements dans les prix des actifs qui ont sapé le dollar font sombrer des prêteurs imprudents ou amoureux du risque.

Mais il s’agit, ou il devrait s’agir, de problèmes possibles à résoudre. En revanche, les taux d’intérêt américains extrêmement hauts produits par l’attente générale d’un déclin massif du dollar représentent un problème macroéconomique insoluble.

Pourtant, pour l’instant, rien ne semble indiquer que les épargnants et investisseurs mondiaux s’attendent à un déclin du dollar. Le large écart entre les taux d’intérêt à long terme étrangers et ceux des États-Unis, qui devrait en découler et signaler les attentes d’un dollar en baisse, n’existe pas. Et les 65 milliards de dollars nécessaires chaque mois pour financer le déficit du compte courant des États-Unis continuent d’entrer dans les caisses. Ainsi, l’économie mondiale pourrait bien encore une fois esquiver une catastrophe potentielle.

Mais il s’agit là encore peut-être de vœux pieux. Après tout, le déficit toujours conséquent du compte courant de l’Amérique garantit la poursuite de la chute du dollar. Même ainsi, la logique macroéconomique qui veut que les grands déficits des comptes courants signalent que les monnaies sont surévaluées continue d’échapper aux investisseurs et aux spéculateurs financiers internationaux.

À un certain niveau, c’est très frustrant : nous autres économistes pensons que les gens sont assez intelligents pour comprendre leur situation, et assez capables pour défendre leurs propres intérêts. Pourtant, l’investisseur type en actifs en dollars, qu’il soit un individu riche, un fond de pension ou une banque centrale, n’a pas effectué les démarches pour se protéger contre un probable déclin du dollar.

 

Dans ce cas précis, ce qui est mauvais pour les économistes est bon pour l’économie mondiale : il se peut que nous affrontions simplement un épisode de détresse financière aux États-Unis plutôt que des taux d’intérêt extrêmement élevés à long terme et une dépression. Ce n’est pas parce que les économistes ne peuvent pas l’expliquer qu’il ne faut pas en être reconnaissant.

 

source : http://www.project-syndicate.org/commentary/delong65/French

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