Publié par : crise2007 | décembre 29, 2007

L’inévitable atterrissage en force de l’économie mondiale !

L’inévitable atterrissage en force de l’économie mondiale !

 

 

 

by Nouriel Roubini

La crise mondiale des crédits et des liquidités, débutée en août dernier, s’est aggravée durant ces dernières semaines. Cela se démontre aisément : aux États-Unis, dans la zone euro et au Royaume-Uni, les écarts entre les taux d’intérêts Libor (auxquels les banques se prêtent entre elles) et ceux des banques centrales – et des obligations d’État – sont extrêmement élevés et ont augmenté depuis le début de la crise. Cela indique une aversion pour le risque et une méfiance entre les différents protagonistes.

Certes, les grandes banques centrales ont injecté des dizaines de milliards de dollars de liquidités dans le secteur des banques commerciales, et la Réserve fédérale américaine, la Banque d’Angleterre et celle du Canada ont baissé leurs taux d’intérêts. Mais la dégradation des conditions financières prouve que cette politique a échoué.

Il n’est donc pas étonnant que les banques centrales soient de plus en plus désespérées face à la pire crise financière qu’elles aient connue depuis l’avènement de la mondialisation financière. Au risque de paraître brusque, l’annonce récente d’injections coordonnées de liquidités de la part de la Fed et de quatre autres grandes banques centrales arrive un peu tard.

Ces mesures ne pourront réduire de manière significative les écarts interbancaires, car les politiques monétaires ne peuvent résoudre les vrais problèmes sous-jacents à la crise. Le problème n’est pas uniquement le manque de liquidités – des institutions financières avec des dettes à court terme et des actifs non liquides à terme plus long. Nombre d’autres agents économiques font face à de graves problèmes de crédit et de solvabilité, notamment les millions de ménages américains et européens qui ont contracté des emprunts hypothécaires excessifs, les centaines de prêteurs de subprimes en faillite, le nombre croissant de promoteurs en difficulté, les nombreuses institutions financières fortement endettées et, de plus en plus, le secteur des entreprises.

Par ailleurs, les injections monétaires ne peuvent résoudre l’incertitude généralisée d’un système financier dans lequel la mondialisation et la sécurisation ont entraîné un manque de transparence qui a fortement nuit à la confiance. Lorsque l’on ne fait pas confiance à ses interlocuteurs financiers, on ne leur prête pas, quel que soit l’argent dont on dispose.

Quoi que fasse la Fed, les États-Unis sont en route vers la récession. L’addition des problèmes concrets et financiers – la plus grosse récession immobilière qu’aient jamais connue les États-Unis, le pétrole à 90 $ ou plus le baril, une grave crise des crédits, la chute des investissements des entreprises et la faible épargne de consommateurs surendettés ayant subi plusieurs chocs négatifs – fait que la récession est inévitable. D’autres économies seront sans doute entraînées dans cette chute au fur et à mesure que la contagion américaine se propagera.

Pour atténuer les effets d’une récession américaine et d’une dépression économique mondiale, la Fed et d’autres banques centrales devraient réduire leurs taux de manière beaucoup plus agressive, plutôt que de compter sur des petites injections de liquidités vouées à l’échec. La baisse de 25 points de base des taux directeurs de la Fed en décembre était bien faible par rapport à ce qu’il aurait été nécessaire de faire ; des réductions similaires réalisées par la Banque d’Angleterre et la Banque du Canada ne commencent même pas à compenser l’augmentation des taux nominaux et des taux d’emprunt réels provoqués par la forte hausse des taux du Libor. Les banques centrales auraient dû annoncer une réduction coordonnée de 50 points de base pour montrer leur volonté d’éviter un atterrissage en catastrophe de l’économie mondiale.

De même, la BCE a tort de refuser de réduire ses taux – elle imagine à tort qu’elle pourra les remonter une fois que la crise soit disant “temporaire” des crédits sera passée. Compte tenu du dégonflement des bulles immobilières, de la hausse des prix du pétrole et de la force de l’euro, qui gêne déjà la croissance, la BCE est quasiment en train d’assurer à la zone euro un ralentissement brutal.

Dans tous les cas, les mesures récemment annoncées par la Fed et d’autres banques centrales ne vont pas dans le bon sens. Les marchés financiers d’aujourd’hui sont dominés par des institutions non bancaires – banques d’investissement, fonds de placements sur les marchés monétaires, fonds spéculatifs, prêteurs hypothécaires n’acceptant pas les dépôts, “structured investment vehicles” (SIV), voire fonds d’investissement nationaux ou locaux – qui n’ont aucun accès direct ou indirect aux liquidités fournies par les banques centrales. Toutes ces institutions non bancaires présentent aujourd’hui des risques de voir une pénurie de liquidités.

La législation américaine interdit formellement à la Fed de prêter à des institutions non bancaires – hormis en cas d’urgence, mais cela implique un processus d’approbation long et complexe, ainsi que l’apport de garanties élevées. Jamais dans l’histoire, la Fed n’a prêté à une institution non bancaire.

Le risque augmente donc de voir une sorte de “course aux guichets” (“bank run”) toucher les institutions financières non bancaires, en raison de leurs dettes à court terme et de leurs actifs non liquides à plus long terme – c’est du moins ce que laissent penser les problèmes récents de certaines banques (Northern Rock), de certains fonds de placements sur les marchés monétaires, de certains fonds d’investissements nationaux et de certains fonds spéculatifs. Il y a peu de chances que les banques re-prêtent à ces institutions non bancaires les fonds qu’elles ont empruntés aux banques centrales, compte tenu de leurs propres problèmes de liquidités et du peu de confiance qu’elles accordent aux agents non bancaires.

Des réformes majeures de politique, de régulation et de surveillance vont être nécessaires pour nettoyer le désordre actuel et assainir le système financier mondial. Les politiques monétaires ne peuvent à elles seules résoudre les conséquences de l’inaction des régulateurs et des superviseurs face aux excès de crédits de ces dernières années. Un atterrissage en catastrophe de l’économie américaine est donc aussi inévitable qu’un ralentissement de l’économie mondiale. Une baisse plus importante et plus rapide des taux d’intérêts officiels pourra, au mieux, influencer la durée de la crise à venir.

source : http://www.project-syndicate.org/commentary/roubini3/French

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