Publié par : crise2007 | février 16, 2008

Le crible qui cache la crise socioéconomique au Maroc

Le crible qui cache la crise socioéconomique au Maroc

Hicham Benbrahim
Les verdicts du Programme de Développement des Nations Unies « PNUD » ou de la Commission Doing Business de la Banque Mondiale viennent de tomber. Mais, nous n’avions pas besoin de ces verdicts pour savoir que la crise socioéconomique au Maroc se réveille de ses cendres après 8 ans d’embargo. Certes, les deux institutions précédemment citées ont classé respectivement le Maroc 126/177 pour l’indicateur de développement humain « IDH » et 19/22 pour le climat de l’investissement en Afrique « ICA », mais cela n’a rien d’étonnant car il n’est pas le produit du hasard.
Déjà plusieurs voix se sont élevées pour sonner l’alarme depuis des décennies au sujet de la tendance alarmante que connaîtra le Maroc si rien ne change. Citons au passage les trois lettres de M. Abdessalam Yassine et plus récemment le document « Lettre ouverte à toute conscience responsable » du cercle politique de l’Association Justice et spiritualité « Al Adl Wal Ihsane ». Hélas, s’agit-il d’un discours de sourds muets vis-à-vis duquel les décideurs du pays attendent que sonne le glas.
Bref, illustrons maintenant avec des exemples concrets les différentes facettes de la crise, ses conséquences et quelques réflexions sur les issues de sortie.

1. Depuis cinq décennies
A la veille de l’indépendance les marocains ont cru pour quelques années que le colon avait bel et bien quitté leur pays. Les plans économiques à l’époque, en particulier celui de 1960-1964 et le plan 1973-1977, ont mis la barre très haut en fixant des objectifs ambitieux, à l’instar de l’arabisation, de la répartition des terres entre les petits agriculteurs et de l’industrialisation par substitution des importations. Cependant, ils se sont rendus compte que le gâteau se partageait à chaque fois entre « les grands ». Ce fait non étrange au makhzen marocain bien avant le protectorat s’est confirmé davantage lors des opérations de marocanisation, de privatisation et plus récemment de « alaouisation ».
Avec un œil scrupuleux, il est facile de constater qu’après chaque programme dit « d’envergure », le Maroc entre en crise. Après les années de vache à lait des phosphates c’est le plan de redressement suite à l’endettement de 1978-1980. Le Programme d’Ajustement Structurel qui avait pour mission d’alléger le fardeau de la dette et de mettre l’économie sur les rails a failli conduire le Maroc à l’arrêt cardiaque (appauvrissement des populations et extraversion de l’économie par le biais de la promotion des exportations). Le plan socialiste 2000-2004 tant attendu comme sauveur a fini par rétrograder le Pays de 3 rangs par rapport à ses homologues en voie de développement.
Aujourd’hui, l’étau se resserre et les grands projets tant prometteurs constituent en fait une source additionnelle d’enrichissement des grands groupes marocains et des investisseurs étrangers, forts par les avantages qui leur sont offerts. L’Initiative Nationale de Développement Humain avec son maigre budget direct de 10 milliards de dirhams sur cinq ans ne peut rien faire face aux besoins sociaux pressants et à la mauvaise gouvernance.

2. Indicateurs saillants
Inutile de citer tous les indicateurs de contre performance, car la liste est longue ; en même temps il serait de bonne foi de reconnaître les quelques minuscules réalisations obtenues dans certains domaines (électrification, raccordement de villages aux routes nationales, …). Le moins que l’on puisse dire c’est que l’ensemble des indicateurs du Maroc sont entre l’orange et le rouge.
Donnons l’exemple des indicateurs socioéconomiques qui sont la face apparente des politiques suivies : analphabètisme 48%, population à l’âge de scolarisation hors écoles 42%, taux de pauvreté et de chômage à en croire les statistiques du Haut Commissariat au Plan sont respectivement de 11% et 10%, inflation (hausse des prix) 2006 de l’ordre de 3,2% suite à plusieurs facteurs, entre autre l’accroissement du taux de la TVA.
Les indicateurs macroéconomiques ne sont pas meilleurs : taux de croissance du PIB 2,2% à la fin 2007 contre 5,7% prévue par la loi des finances, taux de couverture des importations par les exportations au dessous de la barre des 50%, déficit budgétaire hors privatisation environ 5%, etc.
Mêmes les programmes futuristes à l’image de Rawaj 2020 ne promettent qu’un Maroc de « prolétariat ». Alors que les grandes superficies telles que Marjane et Acima poussent beaucoup de semi-grossistes à fermer ou dans le meilleur des cas à devenir des détaillants, voilà que le programme précité prévoit d’accroître leur nombre de 30 actuellement à 600 à l’horizon 2020. A-t-on effectivement besoin de ce nombre, ou c’est une question de remplacer l’auto-emploi par le salariat cher les seigneurs ?
Pour ne pas rendre notre lecteur pessimiste et sceptique, j’emprunte quelques idées d’un honorable professeur des finances publiques mis au départ volontaire, quand il fait la rétrospective de 2007 : les activités rentières développées (services, immobilier, privatisation, etc.) se font au détriment des véritables activités productives industrielles et l’investissement direct étranger n’a pas de véritable impact sur la croissance du pays. L’Etat soutient donc les groupes d’intérêt et les lobbies aux dépens des petites et moyennes entreprises souffrantes de difficultés financières à hauteur de 60% voire 80% dans le secteur agricole.

3. Issues de sortie
Il n’est pas de la sagesse d’attendre que les marches de protestation s’amplifient pour dire qu’il y a problème. Il faudra agir bien avant et c’est peut être l’une des premiers leçons qu’on nous a appris à l’école : « prévenir vaut mieux que guérir ». Dans ce sens il nous paraît judicieux de faire des propositions de pistes de sortie de la crise avant qu’elle ne ronge tout le monde. Sans être exhaustif, ci-dessous quelques mesures essentielles et utiles pour entrer dans une nouvelle ère de développement économique sans oublier que c’est un processus de longue haleine.
Instauration d’une gouvernance sage fondée sur les principes de participation, d’évaluation et d’imputabilité, et bâtie sur les valeurs de respect mutuel et de justice ;
Dissolution des lobbies et suppression des avantages qui faussent l’action économique ;
Amnistie économique pour les détenteurs de capitaux illégaux ou volatiles à la condition de leur rapatriement et leur investissement dans des projets utiles à l’économie nationale ;
Encouragement et développement actifs de l’économie sociale et solidaire pour qu’elle constitue un socle de solidarité et de coopération ;
Libération des entreprises des multiples fardeaux qui handicapent leur marche, entre autre la concurrence déloyale des grands groupes ;
Instauration d’une politique économique en harmonie avec une politique sociale, toutes les deux visant l’éducation de l’Homme pour qu’il puisse se concentrer sur sa véritable mission dans la vie.
Il ne s’agit nullement de pansements aux multiples maladies chroniques dont souffre notre société, mais de mesures visant le changement de cap. En d’autres ternes, il faudra penser un autre Maroc qui respecte la dignité humaine et se réconcilie avec ses valeurs ancestrales. Ce faisant, toutes les forces vives du pays sont obligées de trouver un consensus préalable, dans le cadre d’une vision stratégique loin des égoïsmes et des magouilles. Cette vision dont nos propositions peuvent bel et bien faire partie constituera le véritable point de départ vers un Maroc développé.

 

source : http://www.aljamaa.net/fr/detail_khabar.asp?id=343&idRub=5

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