Publié par : crise2007 | mars 23, 2008

Le dollar en chute libre

Le dollar en chute libre

 

 

 

by : Martin Feldstein 

CAMBRIDGE – Au moment où l’euro atteignait son précédent record historique, à $ 1,52, Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne a indiqué lors d’une conférence de presse qu’il s’inquiétait de l’appréciation rapide de la monnaie européenne et qu’il souhaitait « souligner » la politique officielle du département du Trésor américain de soutien à un dollar fort. Par la suite, plusieurs ministres des finances européens se sont fait l’écho de son point de vue.

En réalité, les Etats-Unis n’ont aucune politique préétablie concernant le dollar – hormis celle de laisser le marché déterminer sa valeur. Le gouvernement américain n’intervient pas sur les march_és des changes pour soutenir le dollar et la politique monétaire de la Réserve fédérale (Fed) ne vise en aucun cas cet objectif. Sa politique n’est bien sûr pas non plus de faire baisser la valeur du dollar. Bien que la Fed ait abaissé ses taux directeurs de 5,25 pour cent à l’été 2007 à 3 pour cent aujourd’hui, le but recherché était avant tout de stimuler une économie morose et non de déprécier la monnaie américaine.

Il n’en reste pas moins qu’interrogés sur la valeur du dollar, tous les secrétaires d’État au Trésor américain, en remontant au moins jusqu’à Robert Rubin de l’administration Clinton, ont répété la litanie qu’un « dollar fort est bon pour les Etats-Unis ». Même si ce propos est plus réactif qu’un « sans commentaire », il n’engage en rien l’action gouvernementale américaine actuelle ou future.

En fait, le seul but déclaré du département du Trésor aujourd’hui est d’exercer des pressions sur le Chine pour qu’elle apprécie sa devise, le renminbi, réduisant ainsi la moyenne globale pondérée par le commerce extérieur du dollar. Ces pressions s’inscrivent toutefois dans le droit fil de la politique générale des Etats-Unis encourageant les pays à laisser les marchés financiers déterminer le taux de change de leur devise.

Il y a bien sûr une part de vérité dans l’idée qu’un dollar fort profite aux Américains, puisque cela leur permet d’acheter des produits dte importation à un moindre coût en dollars. Mais même si la dépréciation du dollar affecte le pouvoir d’achat des consommateurs américains, cette conséquence n’a que peu d’ampleur, parce que les importations ne représentent que 15 pour cent environ du PIB des Etats-Unis. Une dépréciation de 20 pour cent du dollar ne réduirait par exemple que de 3 pour cent le pouvoir d’achat des Américains. Parallèlement, un dollar faible rend les produits américains plus compétitifs sur les marchés mondiaux, avec pour conséquences une baisse des importations et une hausse des exportations.

Le dollar s’est déprécié ces deux dernières années non seulement contre l’euro, mais également contre la plupart des autres monnaies, dont le yen japonais et le renminbi. En termes réels pondérés par le commerce extérieur, le dollar a perdu 13 pour cent environ de sa valeur depuis mars 2006.

Cette meilleure compétitivité des biens et des services américains permet de combler en partie l’énorme déficit de la balance commerciale des Etats-Unis. Malgré la baisse du dollar et l’augmentation subséquente de 25 pour cent des exportations ces deux dernières années, les Etats-Unis accusent toujours un déficit annuel de la balance commerciale de près de 700 milliards de dollars à la fin 2007 (près de 5 pour cent du PIB). Parce que les importations représentent près du double des exportations américaines, il faut une augmentation de 20 pour cent des exportations pour compenser une augmentation de 10 pour cent des importations. Cela signifie que le dollar doit se déprécier bien davantage encore pour amener le déficit commercial à un niveau tolérable.

Les investisseurs veulent réduire leurs actifs en dollars pour trois raisons principales. Premièrement, les taux d’intérêts sont plus élevés pour l’euro et les obligations britanniques que pour les titres américains similaires, rendant les investissements dans ces devises plus avantageux que les investissements en dollars.

Deuxièmement, parce que les Etats-Unis ont un déficit commercial énorme qui ne peut être maîtrisé qu’au moyen d’un dollar plus compétitif (alors que les pays de la zone euro ont collectivement une balance commerciale excédentaire), les investisseurs s’attendent à une tendance continue de baisse du dollar. Cette dépréciation prévisible signifie que le retour sur investissement des obligations en dollars est encore plus faible que celui lié à la différence des taux d’intérêt.

Et troisièmement, les investisseurs ajoutent chaque année près de mille milliards de dollars en titres à leurs positions, augmentant d’autant le risque de l’accumulation de dollars. Compte tenu de la baisse du retour total sur investissement et des risques croissants posés aux portefeuilles, il n’est pas étonnant que les investisseurs du monde entier souhaitent se défaire de leurs dollars.

Bien que les investisseurs étrangers privés puissent céder les titres qu’ils détiennent en dollars, ils ne peuvent le faire qu’à d’autres investisseurs étrangers. Tant que le déficit du compte courant des Etats-Unis perdure, l’encours des créances sur l’économie américaine ne pourra qu’augmenter. Mais si les investisseurs étrangers décident de vendre leurs titres en dollars, leur mise sur le marché fera baisser leur valeur jusqu’au moment où la combinaison d’une moindre exposition aux risques et d’une moindre inquiétude d’une baisse persistante du dollar les incitent à conserver leurs titres restants.

Au lieu de simplement souhaiter que le dollar veuille bien cesser de se déprécier, les gouvernements européens devraient prendre des mesures pour stimuler la demande intérieure afin de compenser les pertes commerciales et d’emplois provoquées par un dollar plus compétitif. La tâche n’est pas aisée pour autant, puisque la Banque centrale européenne doit rester attentive à la hausse de l’inflation et que de nombreux pays de l’UE accusent un déficit important des finances publiques.

Bien que la BCE ait une marge de manœuvre limitée, des modifications du cadre réglementaire et des déplacements de la charge fiscale (par exemple, en créant un crédit temporaire d’impôt sur l’investissement financé par une augmentation du taux d’imposition des entreprises) pourraient donner le stimulus suffisant pour contrebalancer la baisse nette des exportations. Il est donc essentiel que les gouvernements de l’Union européenne se penchent attentivement sur ce défi.

 

source : http://www.project-syndicate.org/commentary/feldstein1/French


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