Publié par : crise2007 | avril 12, 2008

Le FMI pouvait-il empêcher la crise ?

Le FMI pouvait-il empêcher la crise ?

 

 

by Hector R. Torres

WASHINGTON – Encore récemment, le principal travail du Fonds Monétaire International était de prêter à des pays qui rencontraient des problèmes de balance des paiements. Aujourd’hui, toutefois, les pays émergents préfèrent de plus en plus s’“auto-assurer” en accumulant des réserves (et en les partageant au travers d’accords régionaux de mise en commun). En conséquence, le Fonds doit changer, il doit renforcer sa fonction de contrôle pour mieux veiller à ce que les membres remplissent leurs obligations, afin de contribuer à la stabilité financière. Comme le montre le fait que le FMI n’ait pu faire pression sur les États-Unis afin qu’ils corrigent les vulnérabilités du marché hypothécaire ayant entraîné la crise actuelle, il reste beaucoup à faire.

À vrai dire, dans son rapport annuel de 2006 sur l’économie américaine, le FMI s’est montré extraordinairement indulgent dans son estimation des risques posés par le relâchement des conditions de prêts sur le marché hypothécaire américain. Il remarquait que “les emprunteurs exposés au risque d’une forte hausse de leurs versements hypothécaires restent une petite minorité, concentrée en majeure partie parmi les foyers aux revenus les plus élevés, qui étaient conscients des risques encourus” et conclut que “tout indique que les mécanismes d’allocation de crédit et de risque sur le marché de l’immobilier aux États-Unis sont restés relativement efficaces”. Cela, ajoute-t-il, “devrait permettre un certain confort”.

De même, il n’était pas fait mention du problème dans l’une des publications phares du FMI, le Rapport sur la stabilité financière dans le monde (RSFM), en septembre 2006, soit 10 mois tout juste avant que la crise des subprimes ne devienne évidente pour tous. Aux yeux du FMI, “les principales institutions financières sur les marchés matures [étaient]… saines, puisque restées bénéficiaires et bien capitalisées” et “les secteurs financiers de nombreux pays se trouvent dans une position de force pour faire face à tout problème cyclique ou correction du marché à venir”.

Le FMI n’a commencé à prêter attention au problème qu’en avril 2007, alors qu’il était déjà en train d’apparaître. Il n’a pas pour autant semblé croire en l’urgence de la situation. Au contraire, selon le FMI, “la faiblesse a été limitée à certaines parties du marché des subprimes (et, dans une moindre mesure, au marché des “Alt-A”) et ne devrait pas représenter de menace systémique sérieuse”. En outre, “le marché immobilier américain semble se stabiliser….Dans l’ensemble, le marché hypothécaire américain a bien résisté, bien que le secteur des subprimes se soit détérioré un peu plus rapidement que prévu”.

Confiant, le RSFM remarquait que “les études réalisées par les banques d’investissement montrent que, même en cas de chute sans précédent des prix nationaux de l’immobilier, la plupart des investisseurs exposés aux subprimes hypothécaires au travers de structures titrisées n’enregistreraient pas de pertes”.

Pourquoi la surveillance du FMI sur l’économie américaine a-t-elle été si inefficace ?

Supposons que les vulnérabilités qui s’accumulent actuellement sur le marché hypothécaire américain – en plein sous le nez du quartier général du FMI à Washington – se soient produites dans un pays en développement. Il paraît franchement inconcevable que le Fonds soit alors passé à côté de manière si lamentable. Le FMI a été critiqué pour ses conditions de prêt inutiles et parfois perverses, mais son personnel très qualifié n’a jamais eu peur de sonner l’alarme lorsqu’il percevait des vulnérabilités dans d’autres pays. Pourquoi n’ont-ils donc pas surveillé l’économie américaine avec le même zèle ?

La réponse est peut-être à chercher dans la structure de gouvernance du FMI. Actuellement, la distribution des pouvoirs au sein du FMI suit la logique de son rôle de prêteur. Plus un pays y met d’argent, plus il y est influent. Cela peut pousser le Fonds à se cacher les yeux face aux vulnérabilités économiques de ses membres les plus influents – précisément ceux dont les politiques nationales ont de fortes implications systémiques.

Ce modèle de gouvernance “influence contre argent” handicape indirectement la capacité du FMI à critiquer les économies de ses membres les plus importants (sans parler de les forcer à respecter leurs obligations). Quoiqu’il arrive, si les critiques des employés du FMI deviennent trop candides, ces pays peuvent toujours faire usage de leur influence pour édulcorer les communiqués émis publiquement par le conseil d’administration du FMI.

Le Fonds pourrait permettre d’empêcher une future crise de ce type, mais uniquement s’il empêche qu’une trop grande influence ne soit exercée sur ses pouvoirs de contrôle et s’il se permet de critiquer, si nécessaire, les politiques des pays influents. Cela nécessite une structure de gouvernance différente, avec un pouvoir réparti plus équitablement, de façon à ce que le FMI puisse jouer son rôle quand il se doit et non uniquement quand il le peut.

 

source : http://www.project-syndicate.org/commentary/torres1/French


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