Publié par : crise2007 | mai 2, 2008

Quel type de récession américaine ?

Quel type de récession américaine ?

 

 

by Nouriel Roubini

NEW YORK – Il ne fait plus de doutes que les Etats-Unis sont en récession. Il s’agit donc de savoir si celle-ci sera de courte durée et superficielle, ou longue et profonde. La question importe pour les Etats-Unis autant que pour le reste du monde.

La réponse dépend du type de la récession américaine.Si elle est courte et superficielle, une croissance suffisante partout ailleurs limitera les dégâts à un léger ralentissement mondial. Mais si elle est longue et profonde, elle risque d’avoir pour conséquences une récession totale dans plusieurs pays (Royaume-Uni, Espagne, Irlande, Italie et Japon) et même des crises financières dans les économies de marché émergentes.

En principe, la récession américaine pourrait être en forme de « V », de « U », de « W » ou de « L ». Lequel de ces scénarios est le plus probable ?

Le consensus actuel veut que la récession sera en « V » – courte et superficielle –, comme celles de 1990/1991 et de 2001 qui ont duré chacune huit mois. La plupart des analystes prévoient une baisse du PIB au premier semestre et une hausse au deuxième semestre 2008.

Pour ma part, je prédis une récession plus longue et profonde, d’au moins douze mois à éventuellement dix-huit mois – soit l’une des plus graves récessions du pays depuis des décennies – car la macroéconomie et les conditions financières actuelles sont loin d’être au beau fixe.

Premièrement, les Etats-Unis traversent la récession immobilière la plus sévère depuis la Grande dépression et ne sont pas prêts de sortir de cette situation. La construction de nouveaux logements a baissé d’environ 50 % et les ventes immobilières de plus de 60 %, ce qui entraîne un surplus d’offre, donc un effondrement des prix – 10 % jusqu’à présent et probablement 10 % de plus cette année et en 2009.

2,2 trillions de dollars de richesses ont déjà été liquidés. Environ huit millions de foyers sont en « negative équity » : la valeur de leur maison est inférieur à celle de l’emprunt contracté pour la payer. D’ici 2010, la chute des prix immobiliers atteindra près de 30 %, avec 6,6 trillions de valeurs nettes d’hypothèque anéanties et 21 millions foyers – 40 % des 51 millions ayant un emprunt – en negative equity. Si les propriétaires quittent leurs maisons, les pertes de crédit pourraient atteindre un trillion de dollars ou plus, balayer la majeure partie du capital du système financier américain et provoquer une crise bancaire systémique.

Deuxièmement, les faibles dépenses de capital dans le secteur privé en 2001 (représentant 10 % du PIB) sont à l’origine de la récession. Aujourd’hui, c’est la consommation des ménages (70 % du PIB) qui bat de l’aile. Les consommateurs américains sont fatigués de faire des achats, sans épargne, surendettés (136 % des revenus en moyenne) et secoués par maints chocs négatifs.

Troisièmement, les Etats-Unis traversent leur plus grave crise financière depuis la Grande dépression. Après les crédits hypothécaires à risque (sub-primes), les pertes financières se propagent aux crédits moins risqués (near-primes), aux crédits sûrs (prime mortgages), ainsi qu’à l’immobilier commercial et aux crédits à la consommation non garantis (cartes de crédit, prêts automobile, prêts étudiants). Le total des pertes – composé probablement d’un trillion de dollars en emprunts et produits de titrisation – pourrait s’élever à 1,7 trillions de dollars.

La note étant très élevée, les Etats-Unis pourraient se trouver face à une récession en forme de « W ». La grande question est de savoir si le dégrèvement accordé aux foyers américains mi 2008 sera dépensé – et conduira à une croissance positive de trois-quarts – ou épargné. Les budgets des foyers américains sont tellement serrés qu’une bonne partie du dégrèvement servira probablement à remettre à flot les comptes cartes de crédit (ou d’autres crédit à la consommation non garantis) ou à retarder la délinquance hypothécaire.

Heureusement, une période rappelant le « L » de la stagnation économique prolongée – comme au Japon dans les années 90 – est improbable. Le Japon a attendu près de deux ans après que la flambée de ses actifs s’est éteinte pour soulager la politique monétaire et donner une impulsion fiscale, alors qu’aux Etats-Unis, les deux étapes se sont produites plus tôt. De plus, tandis que le Japon a repoussé durant des années la restructuration des secteurs d’affaire et bancaire, aux Etats-Unis, les mesures privées et surtout publiques en vue de restructurer les éléments d’actifs et les entreprises seront renforcées et plus agressives.

Pourtant, en raison d’une grave crise financière, de la baisse des prix immobiliers et d’une crise du crédit, les Etats-Unis font face à la plus longue et la plus profonde des dernières décennies, anéantissant tout espoir d’atterrissage en douceur pour le reste du monde. Si une récession mondiale peut être évitée, ce ne sera pas le cas d’un ralentissement marqué de la croissance. Nombre d’économies européennes ralentissent déjà, certaines entrant même en récession. La Chine et l’Asie sont particulièrement vulnérables, compte tenu de leurs liens commerciaux avec les Etats‑Unis. Les marchés émergents souffriront lorsque la récession américaine et le ralentissement mondial ébranleront les prix des matières premieres.

 

source : http://www.project-syndicate.org/commentary/roubini5/French


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