Publié par : crise2007 | mai 7, 2008

John McCain et le declin de l’Amérique

John McCain et le declin de l’Amérique

 

 

 

by J. Bradford DeLong

BERKELEY – En 1981, le Parti républicain américain a cessé de croire en l’équilibre du budget public. L’idée qu’il faut procéder à des réductions d’impôt à tout moment, à chaque occasion, a fait son chemin, puisque ces réductions sont censées augmenter les revenus.

Irving Kristol, de temps à autre rédacteur de la revue The Public Interest et l’un des accoucheurs intellectuels de cette idée, a écrit par la suite que ce qui l’intéressait n’était pas de savoir si c’était vrai mais si c’était utile. Des années plus tard, il évoquait « son attitude plutôt cavalière à l’égard du déficit budgétaire et d’autres problèmes monétaires ou budgétaires. La tâche… consistait à créer une nouvelle… majorité républicaine… conservatrice… – l’efficacité politique était donc la priorité, et non les imperfections comptables du gouvernement… »

Désormais, il est clair que John McCain – qui taxa les réductions d’impôt de George W. Bush d’imprudence et refusa de voter en leur faveur – a succombé à cette formule. Il propose des réductions supplémentaires qui risquent de coûter 300 milliards de dollars par an au Trésor américain, de les « compenser » par des réductions des dépenses affectées de trois milliards de dollars par an et, d’une manière ou d’une autre, d’équilibrer le budget.

Nous savons quelles seront les conséquences : il y a de fortes chances pour la politique budgétaire de McCain ressemble aux politiques républicaines habituelles – qui, depuis 1981, ont fait augmenter le rapport dette fédérale brute/PIB de près de 2 % par an. De leur côté, les gouvernements démocrates après la Seconde Guerre mondiale ont dans l’ensemble réduit ce rapport de plus de 1 % par an. C’est l’une des questions en jeu dans les élections présidentielles de cette année.

Les politiques qui font fi de la dette publique provoquent l’effondrement de la monnaie, la récession (compte tenu du bouleversement de la division sectorielle du travail qui en découle) et accroissent l’inflation – qui peut aller jusqu’à l’hyperinflation. La plupart du temps, le coupable met la catastrophe économique sur le dos de sinistres manipulations d’étrangers tels que les « gnomes de Zurich » ou le FMI. Les Etats-Unis n’en sont pas là. Pourtant, même à court terme – disons, durant les deux prochains mandats présidentiels – les coûts d’un déficit élevé et d’une croissance rapide de la dette risquent d’être importants.

Dans un premier temps, la croissance du rapport dette/PIB évincera les investissements, puisque les ressources destinées à des investissements lucratifs serviront au lieu de cela à stimuler la consommation privée ou publique. Depuis 1981, les Etats-Unis ont eu la chance de voir les afflux de capitaux étrangers couvrir la croissance de la dette publique. Arrivée un certain point, cette situation ne sera plus tenable et le déficit croissant fera fuir les capitaux des États-unis.

Supposons que ces huit prochaines années, des déficits plus importants n’entraînent ni afflux ni reflux de capitaux, et imaginons une Amérique appauvrie, avec des investissements moindres, dont le retour brut sur investissement social serait de 15 % par an. D’ici 2016, l’affaiblissement du potentiel productif fera diminuer le PIB réel de 3,6 % – soit 500 milliards de dollars réels, soit environ 3.000 dollars par travailleur. Dans une Amérique en perte de vitesse, moins d’entreprises jugeront utile d’attirer des travailleurs précaires sur le marché du travail ; et il est probable que 500 000 emplois disparaissent.

Si elle suit cette voie, d’ici huit ans, l’Amérique plus endettée qu’aujourd’hui verra probablement la croissance de sa productivité ralentir d’un tiers de point de pourcentage par an. Le taux de chômage devra alors augmenter pour maintenir les demandes des travailleurs de réelles augmentations de salaires à un niveau garanti par la hausse de la productivité. Les corrélations brutes entre la croissance de la productivité et le taux de chômage des années 70, 80, 90 et 2000 feront augmenter le taux naturel de chômage naturel de l’économie d’environ un cinquième de point de pourcentage, ce qui coûterait 500 000 emplois supplémentaires.

Dans une Amérique insolvable, les épargnants et les prêteurs craindraient à juste titre que le gouvernement n’ait recours à l’inflation pour refuser d’honorer une partie de sa remarquable dette. La Réserve fédérale serait alors contrainte de lutter contre l’inflation – en renforçant les pressions sur l’emploi – pour assurer les épargnants et les prêteurs de sa volonté de maintenir la stabilité du coût de la vie. On ne dispose même pas d’estimations sur la corrélation brute de l’ampleur de cet effet qui, selon les économistes, existe sans aucun doute. Supprimerait-il un nombre négligeable d’emplois ? Un quart de million ? Un million ?

Assemblez tous ces éléments et, en 2016, si McCain est élu président plutôt que Barack Obama ou Hillary Rodham Clinton, vous obtiendrez une Amérique appauvrie. Qui plus est, les pays qui comptent sur les exportations vers les Etats-Unis risquent eux aussi de voir leur croissance ralentir et leur taux d’emploi faiblir.

Malgré tout, sous McCain, la différence entre les dépenses publiques et les impôts sera plus importante d’ici huit ans, les Américains se sentiront plus riches et consommeront davantage aux dépens de la « postérité ». Ronald Reagan aurait probablement approuvé. Après tout, comme il l’a dit : « Pourquoi devrais-je faire quoi que ce soit pour la postérité ? La postérité a-t-elle fait quoi que ce soit pour moi ? » Ou bien était-ce Groucho Marx ?

 

source: http://www.project-syndicate.org/commentary/delong77/French


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