Publié par : crise2007 | octobre 1, 2008

Nouriel Roubini : retour du risque systémique

Nouriel Roubini : retour du risque systémique

 

 

« Lorsque les investisseurs ne font même plus confiance à de vénérables institutions telles que Morgan Stanley et Goldman Sachs, on se rend compte que la crise financière est plus grave que jamais et que la crainte de l’effondrement des contreparties n’épargne personne. » Roubini continue de jouer les Cassandre, mais ses anticipations n’ont pas été jusqu’à présent démenties.

Par Nouriel Roubini, 29 septembre 2008

Il est évident que la crise financière actuelle est de plus en plus grave en dépit du plan de sauvetage du Trésor (ou peut-être à cause de ce plan totalement mal conçu). Les graves tensions sur les marchés financiers (marchés monétaires, marchés du crédit, marchés boursiers, CDS et marchés dérivés) se sont accrues au lieu de se résorber malgré l’usage de « l’option nucléaire » que représentent les 700 milliards du plan Paulson (après que le « bazooka » des 200 milliards pour renflouer Fannie et Freddie ait échoué à restaurer la confiance) :

Les surprimes pratiquées sur les prêts interbancaires augmentent (voir le TED spread, les swaps, le spread Libor OIS) et ont atteint des niveaux jamais constatés auparavant ; Les spreads du crédit atteignent de nouveaux sommets, et le rendement des bons du Trésor à court terme sont proches de zéro en raison de la fuite vers la sécurité ; Le surcoût des CDS pour les établissements financiers est en hausse, atteignant des niveaux extrêmes (ceux de Morgan Stanley étaient de 12% la semaine dernière) car l’interdiction des ventes à découvert a déplacé les tensions subies par les entreprises financières en direction du marché des CDS, et les marchés boursiers du monde entier ont réagi très négativement à ce sauvetage (la bourse US est en baisse d’environ 3% ce matin à son ouverture).

Permettez-moi d’expliquer plus en détail la raison pour laquelle nous faisons face à nouveau au risque d’une crise financière systémique totale :

Il n’est pas surprenant que les établissements financiers aux États-Unis et dans les économies avancées soient en train de s’effondrer : parmi les dernières victimes aux USA, se trouvent Washington Mutual (la plus grande caisse d’épargne des États-Unis) et aujourd’hui Wachovia (la sixième plus grande banque américaine) ; au Royaume-Uni après Northern Rock et l’acquisition de HBOS par Lloyds, on assiste aujourd’hui à la faillite et au sauvetage de B&B; en Belgique, Fortis est tombée et a été secourue pendant le week-end, en Allemagne HRE, un important établissement financier est également proche de la banqueroute et requiert un sauvetage de l’état. Ce n’est donc pas seulement une crise financière américaine, c’est une crise financière mondiale qui frappe les entreprises aux États-Unis, au Royaume-Uni, dans la zone euro et d’autres économies avancées (Islande, Australie, Nouvelle-Zélande, Canada etc.)

Et les tensions sur les marchés financiers – en particulier les marchés du crédit interbancaire à court terme – sont de plus en plus graves, bien que la Fed et d’autres banques centrales aient littéralement injecté environ 300 milliards de liquidités dans le système financier la semaine dernière, y compris des prêts massifs à Morgan et Goldman. Dans une crise de la solvabilité et du crédit, qui va bien au-delà de la simple crise d’illiquidité, personne ne veut prêter à quiconque car personne n’a confiance en quiconque (même ceux réputés les plus sûrs) et tout le monde conserve les liquidités qui sont injectées par les banques centrales. Dans la mesure où ces liquidités sont seulement destinées aux banques le reste du « shadow » système bancaire n’y a pas accès car le mécanisme de transmission du crédit est bloqué.

Après les faillites de Bears Stearns et de Lehman et la fusion de Merrill avec Bank of America j’avais suggéré que Morgan Stanley et Goldman Sachs devraient également fusionner avec une grande banque pourvue d’une large base de dépôts garantis, de manière à éviter le retrait des fonds de leurs créanciers à très court terme. Au lieu de quoi Morgan et Goldman ont opté pour une approche cosmétique consistant à se convertir en banque de dépôts afin de bénéficier de la réglementation s’appliquant aux banques, d’obtenir des liquidités de la Fed et de recevoir des dépôts. Mais aucune des deux ne peut mettre sur pied en si peu de temps cette activité et ni l’une ni l’autre ne disposent du temps et des ressources nécessaires pour acquérir un réseau de petites banques. Les injections de 8 milliards de capitaux japonais dans Morgan et de 5 milliards dans Goldman par Warren Buffett ne sont qu’une goutte dans l’océan de financement dont ces deux entreprises ont besoin. De ce fait, le pari de la conversion en banque commerciale d’entreprises qui ne le sont pas n’a pas été gagné et la méfiance dont elles sont victimes s’est accrue la semaine dernière : Le surcoût des CDS de Morgan a crevé le plafond, atteignant plus de 12% ce vendredi et l’entreprise a déjà perdu plus d’un tiers de ses clients hedge funds. Elle se voit privée du même coup d’une activité très rentable (Pour Morgan, c’est le coup de grâce), et les prochains renouvellements des lignes de crédit interbancaires de Morgan scelleront son effondrement. Même la Goldman Sachs est également soumise aux stress : elle perd des contrats, elle perd de l’argent, connaît une forte augmentation du surcoût de ses CDS et la plupart de ses secteurs d’activité (y compris le trading) perdent maintenant de l’argent.

Ces deux entreprises devraient cesser de tergiverser et de tenter de gagner du temps car tout délai sera destructeur : elles doivent maintenant fusionner avec une grande entreprise financière étrangère car aux USA aucun établissement n’est assez sain et suffisamment important pour devenir un partenaire convenable. Si Mack et Blankfein (les dirigeants de Goldman et Morgan) ne veulent pas finir comme Fuld (le P-DG de Lehman)ils devraient imiter Thain (Merrill) et fusionner aussi vite qu’ils le peuvent avec une autre grande banque commerciale. Mitsubishi pourrait peut-être reprendre Morgan, en s’associant avec des entreprises japonaises du secteur de l’assurance-vie ; En Europe, Barclays a ses propres difficultés capitalistiques et vient d’avaler une branche de Lehman, tandis que la plupart des autres banques britanniques sont trop faibles pour reprendre Goldman. Le seul établissement suffisamment sain pour y prétendre pourrait être HSBC. Le Japonais Nomura pourrait peut-être également faire une offre pour Goldman. Quoi qu’il en soit Mack et Blankfein devraient vendre leur entreprise avec une importante décote avant de finir comme Bears et se voir proposer dans quelques semaines quelques dollars en échange d’une partie de leurs activités défaillantes. La Fed et le Trésor devraient leur dire de se presser car elles sont beaucoup plus grosses que Bears ou Lehman et leur effondrement entraînerait de graves effets systémiques.

Lorsque les investisseurs ne font même plus confiance à de vénérables institutions telles que Morgan Stanley et Goldman Sachs, on se rend compte que la crise financière est plus grave que jamais et que la crainte de l’effondrement des contreparties n’épargne personne. Lorsqu’une « option nucléaire », un plan de sauvetage monstrueux de 700 milliards n’est même plus capable de rassurer les marchés boursiers (et ils sont tous en chute libre aujourd’hui), on comprend qu’existe une crise de confiance dans le système financier. Nous avons été littéralement à proximité d’un effondrement total du système, mercredi (et jeudi matin) il y a deux semaines quand le renflouement pour 85 milliards d’AIG a entraîné une chute de 5% des bourses américaines ( et non un mouvement de hausse). A la suite de quoi, pour éviter la rupture, les autorités américaines ont utilisé l’option nucléaire du plan de 700 milliards, assorti de l’interdiction des ventes à découvert, d’une garantie des fonds investis sur les marchés monétaires et d’une injection de plus de 300 milliards dans le système financier. Aujourd’hui, la perspective de l’adoption de ce plan par les parlementaires (bien qu’il y ait un risque persistant que le vote à la Chambre ne soit pas acquis), ainsi que les autres mesures vigoureuses prises pour mettre un terme aux ventes « spéculatives » à découvert et pour soutenir les marchés interbancaires et les fonds d’investissements intervenant sur les marché monétaire — ne suffisent pas à provoquer une hausse en bourse car il y a une perte généralisée de confiance dans les marchés financiers et dans les institutions financières que l’action politique ne semble plus être en mesure de contrôler.

La prochaine étape pourrait prendre la forme d’une panique bancaire phénoménale, se traduisant par un retrait massif des fonds étrangers sur le marché américain des crédits interbancaires à court terme – dont le montant dépasse 1000 milliards – car les banques étrangères commencent à se soucier de la sécurité de leurs investissements dans le secteur financier US. Une telle panique a déjà commencé à se faire jour, car les banques étrangères sont inquiètes au sujet de la solvabilité des banques US et commencent à réduire leur exposition. Et si cette tendance s’accélère – comme c’est peut-être déjà le cas aujourd’hui – un krach complet du système financier américain pourrait se produire. Nous sommes donc maintenant dans un mode de panique généralisée qui ramène le risque d’un effondrement systémique du secteur financier dans son ensemble. Les autorités américaines et étrangères semblent ne plus savoir que faire. Peut-être devraient-elles débuter aujourd’hui par une action coordonnée de réduction de 1% des taux de base dans toutes les grandes économies du monde pour montrer qu’elles commencent à prendre sérieusement la mesure de la situation et veulent remédier à cette aggravation rapide de la crise financière.

 

source : http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2211


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