Publié par : crise2007 | octobre 7, 2008

Roubini : les autorités ne prennent pas la mesure de la gravité de la crise

Roubini : les autorités ne prennent pas la mesure de la gravité de la crise

 

 

Nous assistons en ce moment à une panique bancaire généralisée avertit Roubini. Elle ne se manifeste pas par les files d’attente devant les guichets, mais se développe parmi les acteurs du système financier. Les établissements refusent désormais de se prêter de l’argent par crainte de disparition de l’emprunteur et ils retirent par précaution les fonds investis dans le système. Cette panique de retrait concerne tous les secteurs de la finance, au delà du seul système bancaire, et les marchés monétaires dans leur ensemble sont à l’arrêt. A travers cette courroie de transmission, l’économie réelle est atteinte de plein fouet. Les entreprises sont incapables de financer ou de refinancer leurs dettes à court terme, faute de prêteurs, et des sociétés parfaitement saines pourraient être rapidement acculées à la faillite. Pour Roubini, la Fed n’a toujours pas pris la mesure de cet incendie qui menace de tout ravager et les dernières mesures qu’elle a annoncées hier ne sont pas adaptées. Faute de réaction rapide, ce sont non seulement la finance mais désormais l’économie réelle qui pourraient s’effondrer.

 

Par Nouriel Roubini, 6 octobre 2008 (extraits)

Vendredi dernier, j’ai indiqué dans mon billet « Arrêt cardiaque de la finance et des entreprises : risque d’une panique bancaire majeure » que nous risquions un effondrement systémique de la finance avec un commencement de panique bancaire.

Les marchés boursiers ont effectué un vote de défiance après l’adoption par le Sénat de la législation TARP [1] (les actions ont baissé de 4% jeudi), puis par la Chambre (les actions ont baissé de 3% après l’adoption du projet de loi à la Chambre ).

Dans le même temps, la semaine dernière, les marchés monétaires, les marchés interbancaires, les marchés du crédit ont tous implosé, avec des taux interbancaires atteignant de nouveaux sommets historiques, les surprimes de risque du crédit crevant le plafond et l’arrêt des prêts à court-terme sur le marché du papier commercial [2] où se financent les entreprises. Comme je l’écrivais la semaine dernière, nous étions menacés par :

–  une vague de retraits sur l’énorme masse des dépôts dans la partie du système bancaire qui est dépourvue de garantie de l’état, et même de retraits sur certains dépôts garantis, effectués par de petits déposants apeurés ;

–  Une vague de retraits dans le système bancaire parallèle : plus de 300 organismes de prêts hypothécaires non bancaires ont fait faillite, les SIV et les conduits [3] sont maintenant tous morts, et les cinq grandes banques d’affaires sont désormais soit faillies (comme Lehman et Bear), soit soumises à un stress sévère, et ceci même après s’être transformées en banques de dépôts (Merrill, Morgan, Goldman). Une semblable vague de retrait menace les fonds d’investissements travaillant sur les marchés monétaires et la garantie offerte par les pouvoirs publics ne l’a que ralentie. Les Hedge Funds sont aussi victimes de ces retraits, et enfin les LBO ont des problèmes pour se refinancer.

–  Un retrait massif du marché des emprunts à court terme émis par les entreprises, avec un marché du papier commercial totalement gelé, tandis que l’accès aux financements à moyen terme et à long terme pour les entreprises est bloqué, et ce à un moment où des centaines de milliards de dollars d’emprunts arrivent à échéance et doivent être renouvelés ;

–  Un blocage total des marchés monétaires et interbancaires.

Il s’agit bien là d’un arrêt cardiaque pour les deux systèmes bancaires et le système de financement des entreprises. La fermeture des marchés du crédit finançant les entreprise est particulièrement effrayante : Des entreprises, solvables mais manquant de liquidité, qui ne peuvent pas renouveler les emprunts arrivant à échéances, peuvent maintenant se trouver défaillantes en raison de cette illiquidité. Et si le financement des entreprises s’arrête et reste bloqué le risque d’un effondrement économique semblable à la Grande dépression devient très probable (…)

J’ai indiqué que seules des mesures radicales et urgentes pourraient mettre un terme à cette situation :

–  Garantie par l’état de tous les dépôts, suivie par un tri entre les banques solvables et insolvables. Si cette garantie n’est pas immédiate en raisons de délais législatifs, la Fed pourrait annoncer qu’elle fournira un soutien illimité et inconditionnel en liquidités à toute banque qui subirait une panique de retraits sur ses dépôts non assurés ;

–  L’extension du dispositif d’injection de liquidité PDCF [4] aux autres membres du « shadow » système bancaire [5] car le petit nombre de banques d’affaires y ayant accès ne redistribue pas ces liquidités dans le reste de ce système bancaire parallèle qui est constitué par les sociétés de financement, les sociétés de crédit-bail et les autres établissements financiers non bancaires octroyant des prêts aux entreprises de l’économie réelle, et qui devraient avoir elles aussi accès au PDCF et TSLF ;

–  L’octroi par la Fed de prêts aux entreprises, sous la forme de l’achat du papier commercial que les entreprises ne sont plus en mesure de renouveler, et éventuellement, l’octroi de prêts aux gouvernements locaux qui sont désormais confrontés au même problème sur leurs échéances à court terme.

–  Une réduction coordonnée de 1% des taux directeurs par toutes les banques centrales des économies développées, accompagnées éventuellement par les banques centrales des pays émergents ;

Ces crise de confiance et de liquidité étant devenues de plus en plus virulentes au cours des derniers jours et durant le week-end en Europe, on aurait pu s’attendre à une réponse radicale le week-end dernier (…)

Au lieu de quoi, la Fed n’a pas agi pendant le week-end, avant le moment crucial de l’ouverture des marchés en Asie et en Europe. Elle a ensuite annoncé ce matin des mesures qui ne traitent pas les problèmes de liquidité du système financier : le paiement des intérêts sur les réserves des banques ne permettra à la Fed que de fournir des liquidités aux banques (et seulement aux banques), et stérilisera automatiquement les effets des injections de liquidité sur la base monétaire.

La mesure doublant le volume des fonds alloués à la TAF (auxquels seules les banques ont accès) ne fait rien pour régler la les problèmes du secteur non bancaire et des entreprises. Par ailleurs, les liquidités fournies aux banques (sans garantie formelle des dépôts et/ou un engagement à soutenir sans condition toutes les banques soumises à une vague de retraits) n’est pas suffisante pour calmer les inquiétudes des déposants non assurés (…)

Étant donné le risque d’insolvabilité des contreparties, qui concerne désormais même les entreprises les plus fiables, une politique de réduction de taux n’aura pas d’incidence sur les marchés interbancaires et le coût du crédit. La seule façon de mettre fin à cette panique sur les liquidités consiste à garantir le passif des établissements financiers et de diriger les liquidités injectées par les autorités dans les secteurs du système financier et des entreprise qui courent maintenant le risque de s’effondrer à cause des tensions sur leurs dettes à court terme.

Il est donc temps que la Fed cesse de perdre du temps et prennent les mesures qui feront une différence. Nous couront désormais le risque d’une crise systémique non seulement pour le système financier mais aussi dans l’économie réelle.


Publication originale Nouriel Roubini via Yves Smith, traduction Contre Info


 

[1] Troubled Asset Relief Program : Programme d’assistance aux actifs en détresse. Surnom donné au plan Paulson

[2] Billets de Trésorerie émis par les entreprises pour se refinancer à court terme.

[3] SIV et conduits : entités hors bilan créées par les banques pour porter les titres adossés aux crédits qu’elles octroient

[4] PDCF, TSLF, TAF : dispositifs techniques d’injections de liquidité qui ont été créés par la Fed depuis l’automne 2007. Ces nouveaux outils ont permis à la Fed d’étendre le champ de ses interventions et d’assouplir les règles gouvernant l’octroi des liquidités aux établissement bancaires.

[5] L’ensemble des établissements financiers ayant une activité de type bancaire sans en avoir le statut.

 

source : http://www.contreinfo.info/article.php3?id_article=2231


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