Publié par : crise2007 | octobre 16, 2008

La fin du Wall Sreet Circus !

La fin du Wall Sreet Circus !

 

 

by Alfred Gusenbauer

VIENNE – Les partisans du néolibéralisme estiment que non seulement l’Etat doit diriger le pays comme une entreprise, mais qu’il doit intervenir le moins possible dans l’économie. Le marché, pensent-ils, s’autorégule. Pourtant, il y a plus de 50 ans le prix Nobel Paul Samuelson a montré de manière imagée les conséquences de cette idéalisation : avec la liberté absolue du marché, c’est le chien de Rockefeller qui va boire le lait dont aurait besoin un enfant pauvre, et ceci non pas en raison d’un échec du marché, mais parce que « les biens aboutissent entre les mains de ceux qui peuvent les payer au prix fort ».

Ce problème de la distribution des richesses est au cœur du système capitaliste qui consiste en une concurrence sans fin alimentée par la course au profit. Dans un tel système, il n’y a pas de place pour la justice sociale. C’est l’Etat, qui dans une plus ou moins grande mesure selon les pays en a la responsabilité.

L’économie de marché est sans égale pour créer de la richesse, mais elle doit être équilibrée par un dispositif  social pour veiller à une juste répartition de cette richesse. L’économie sociale de marché européenne, bien davantage que le modèle néolibéral anglo-saxon, considère la réduction des inégalités engendrées par le marché comme un devoir qui incombe à l’Etat.

L’économie de marché ne peut fonctionner qu’avec l’intervention de l’Etat. La crise financière américaine montre ce qui arrive quand les marchés sont laissés à eux-mêmes. Au lieu de s’autoréguler, les intervenants sur les marchés s’autodétruisent – même si l’on reste ébahi devant eux comme devant le veau d’or.

Les banques d’investissement ont transformé la Bourse en un cirque surréaliste. Leurs banquiers ressemblaient pour la plupart à des équilibristes jonglant avec les emprunts, sans le moindre filet de sécurité. Ils menaçaient de tomber, mais l’Etat est intervenu. Dans La Strada , le film de Fellini, les artistes du cirque vivent en marge de la société, dans le Wall Street Circus , ils vivaient comme des dieux en gagnant des millions. C’en est terminé pour un moment. Wall Street s’est écroulé. La crise actuelle, la chute de Wall Street, est au néolibéralisme ce que la chute du mur de Berlin (1989) est au communisme.

Mais aussi surprenant que cela puisse paraître, la dimension mondiale de la crise a aussi un coté positif. La communauté internationale se demande maintenant comment réorganiser le système financier international pour éviter la répétition d’une catastrophe de ce genre. Jusqu’à présent, le peu d’empressement des différents gouvernements à coopérer dans ce domaine constituait un obstacle majeur. Les précédents appels en faveur d’une réglementation plus stricte étaient sans effet à cause de l’opposition des milieux financiers. Le moment est venu de changer cela.

Et il faut que cela change dès la réunion du Conseil européen des chefs d’Etat et de gouvernement à la mi-octobre à Bruxelles. Il faut absolument que l’Union européenne relève alors le défi posé par la crise financière, en tire les conclusions voulues et prennent les mesures qui en découlent.

Quelles leçons tirer de l’effondrement du modèle économique néolibéral ?

Premièrement les marchés ont besoin de règles claires. Plus de régulation va se traduire par une réglementation et des normes juridiquement contraignantes au niveau international. Si une grande partie du secteur économique est soumis à une législation pénale, le secteur financier bénéficie d’un statut privilégié, ce qui n’est plus acceptable.

Les domaines du secteur financier dont la réputation a le plus souffert sont ceux qui sont les moins réglementés et les moins surveillés : les marchés dérivés, les fonds spéculatifs, les fond d’investissement et les agences de notation. Les codes de bonne conduite établis par les intervenants eux-mêmes sont un échec total. Il faut de toute urgence établir des normes minimales applicables partout, similaires à celle de l’OMS par exemple.

Il faut une organisation mondiale de la finance bénéficiant d’une légitimité démocratique, dotée des instruments de régulation nécessaire pour superviser les grosses institutions financières. Elle devra avoir autorité pour créer les conditions d’une plus grande transparence et pour instaurer des systèmes d’alerte plus efficaces que ceux qui existent, ainsi que des instruments de gestion de crise.

Il n’est pas nécessaire que la nouvelle réglementation s’applique à tout le monde. Mais seules les institutions financières qui s’y soumettent pourront bénéficier de l’aide de l’Etat en cas de crise. Cela garantira à la fois la stabilité et l’innovation budgétaire – alors que dans la situation actuelle dans laquelle personne n’était soumis à une réglementation, quand la crise survient, les contribuables doivent venir à la rescousse.

Deuxièmement, la protection sociale doit être renforcée. La crise a montré que le minimum vital ne doit pas être à la merci de la spéculation et des mouvements de la Bourse. Il faut donc privilégier le financement public des retraites, des maisons de retraite et de l’assurance maladie.

Enfin, il faut un plan de stimulus économique européen – un Big Bargain   – et il le faut dès à présent. La crise des marchés financiers internationaux a eu un impact notable sur l’économie réelle en Europe. Certains grands pays européens sont au bord de la récession. Au début des années 1990, le Japon a attendu trop longtemps avant d’agir et a manqué le moment opportun pour mettre en oeuvre des contre-mesures. C’est pourquoi il ne s’est pas encore complètement relevé de sa longue stagflation.

Il faudra aussi des investissements publics dans les infrastructures (par exemple pour étendre de manière importante le réseau ferré européen), dans la lutte contre le changement climatique et en faveur des technologies vertes. Des baisses d’impôt en direction des revenus faibles et moyens sont essentielles pour renforcer le pouvoir d’achat et relancer la consommation.

Certes, chaque pays membre de l’UE doit déterminer lui-même quelle forme concrète donner à un tel plan. Mais cela ne doit pas empêcher les gouvernements européens de travailler en étroite coopération. Les pays d’Europe doivent agir de concert, c’est à cette condition qu’un plan de stabilisation économique, quel qu’il soit, pourra réussir.

 

source : http://www.project-syndicate.org/commentary/gusenbauer1/French


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