Publié par : crise2007 | octobre 21, 2008

The Russians are Coming – With Cash

The Russians are Coming – With Cash

 

 

by Aleh Tsyvinski and Sergei Guriev

MOSCOU – Le gouvernement russe est assis sur une énorme pile de liquide qu’il envisage d’investir dans des actifs étrangers. Un aperçu de son muscle économique a été révélé cette semaine quand le Premier ministre d’Islande a annoncé que la Russie pourrait venir avec environ 5 milliards de dollars pour sauver son économie en difficulté. Qui aurait cru que, au vu du chaos russe des années 1990, dix ans suffiraient pour qu’elle soit en position de renflouer un pays développé ? Plus surprenant encore est le fait que la main tendue vers l’Islande surgisse à un moment où la bourse nationale est en chute libre et que les échanges à la bourse de Moscou sont systématiquement stoppés.

Pour le Kremlin, le moment est venu d’acheter des actifs à bas prix et d’utiliser la crise financière actuelle pour émerger en tant que puissant acteur économique mondial. Comme l’a remarqué le Premier ministre Vladimir Poutine lors d’une récente réunion avec le PDG de la banque nationalisée VTB, “Peut-être devrions-nous acheter quelque chose [à l’étranger] ? Quelque chose d’abordable ?” Selon Arkady Dvorkovitch, conseiller économique du président Dmitry Medvedev, le gouvernement soutiendra – à la fois diplomatiquement et financièrement – l’expansion des entreprises russes à l’étranger.

Depuis la guerre russo-géorgienne, l’occident craint que le gouvernement russe n’utilise ses liquidités pas uniquement dans un but économique, mais comme une arme agressive de politique étrangère. L’occident doit-il vraiment envisager le blocage des investissements russes à l’étranger comme une méthode pour influencer la Russie ?

Essayer d’ériger un rideau de fer contre les fonds et les entreprises russes s’avérera contre-productif. En effet, une “invasion” à grande échelle des entreprises russes serait un développement positif, puisqu’elle favoriserait l’interdépendance économique. Cela reste vrai même si l’expansion économique est dirigée par des compagnies nationalisées et par les fonds souverains russes. En investissant dans les actifs américains et européens, le gouvernement et les élites des affaires russes achètent des parts de l’économie mondiale. Ce phénomène devrait déboucher sur une meilleure compréhension mutuelle et une politique étrangère plus rationnelle et responsable.

Paradoxalement, en dépit des récents revers subis par sa bourse, la Russie reste inondée de liquidités. Le gouvernement russe vient juste de sortir un plan de renflouement de 130 milliards de dollars pour sauver son système bancaire, ce qui, en pourcentage du PIB, équivaudrait à environ 1,3 billion de dollars aux États-Unis, presque le double du plan Paulson. Pourtant, même cette formule n’a pas réussi à endommager sérieusement les fonds souverains russes et ses troisièmes plus grandes réserves de devises au monde.

Le Fonds de réserve russe, créé pour garantir l’économie contre une chute des prix du pétrole, détient 140 milliards de dollars et le Fonds pour le bien-être national, conçu principalement pour résoudre la crise des pensions à venir, possède 30 autres milliards. Ce dernier, bien qu’il ne soit pas officiellement encore un “fonds souverain,” figure déjà parmi les 10 plus grands, rivalisant avec la Brunei Investment Agency.

Une association de fonds souverains russes (excluant le demi-billion de dollars en réserves de devises) rivaliserait avec le Temasek Holdings de Singapour (actuellement le sixième du monde) et serait juste derrière la China Investment Corporation. Ces fonds sont conçus intentionnellement pour investir hors de Russie. La crise financière actuelle ayant fait baisser les cours de nombreux actifs occidentaux, ceux-ci se retrouvent désormais à la portée du gouvernement russe et des plus grandes entreprises du pays.

Les entreprises russes publiques et privées ont déjà beaucoup investi à l’étranger, achetant souvent des parts dans de grandes entreprises étrangères. En tout, les 25 premières entreprises russes détiennent 59 milliards de dollars en actifs étrangers et sont les troisième plus grands investisseurs des économies émergentes, derrière Hong Kong et le Brésil. Alors même que la crise financière a balayé la bourse russe, certaines des entreprises les mieux gérées sont frappées moins durement que leurs homologues occidentales ; on les trouvera par conséquent en train de faire leurs achats sur le marché mondial l’année prochaine.

Les investissements étrangers des entreprises russes ont déjà suscité un débat houleux à la fois aux États-Unis et en Europe – même quand l’investissement était le fait d’une entreprise privée. La plus grande polémique a tourné autour d’une fusion que le géant de l’acier russe SeverStal a cherché à réaliser avec le luxembourgeois Arcelor. SeverStal a été rejeté en faveur de Mittal Steel, et certains analystes ont avancé que cette décision avait des raisons politiques. Mais aucun investissement par une entreprise russe privée n’a encore été bloqué par des gouvernements occidentaux.

Pourtant, l’hostilité à l’égard des investissements tentés par le gouvernement russe (et les entreprises d’État) était, jusqu’à une période récente, presque universelle. Les décideurs américains et européens ne sont pas convaincus que les gouvernements étrangers (et leurs fonds souverains) n’investissent que pour des raisons commerciales.

Cela dit, depuis la crise financière, l’occident se réjouit de trouver des “amis pourvus de liquide.” Lors de sa visite en Russie au mois de juin, le secrétaire américain au trésor Henry Paulson a insisté sur le fait que les États-Unis étaient intéressés par les investissements russes, y compris par ceux des fonds souverains.

Mais le gouvernement russe doit encore mettre en place une structure transparente et responsable pour gérer ses fonds souverains. Cela contribuera à convaincre les autres pays que les projets du gouvernement sont économiques, pas politiques.

Les autorités russes font peut-être des progrès dans ce sens avec les premiers pas vers l’amélioration de la gouvernance dans les entreprises publiques. Geste sans précédent, le gouvernement a remplacé un grand nombre de fonctionnaires des conseils d’administration de ces entreprises par des directeurs indépendants (dont quelques étrangers). S’il est peu probable que les fonds souverains et les entreprises publiques russes changeront du jour au lendemain, ils deviendront sans doute plus transparents et efficaces dans un avenir proche.

Le principal bénéfice des investissements de la Russie à l’étranger n’est pas économique, il consiste à aider la Russie à devenir un citoyen du monde. Voyez les élites russes, qui achètent des maisons à Londres, font du ski dans les Alpes et envoient leurs enfants dans des écoles suisses. Ils ont trop à perdre de l’aggravation du climat politique entre la Russie et l’occident. Il est temps de faire du big business de la Russie – et de son gouvernement – des actionnaires de l’économie mondiale.

 

source : http://www.project-syndicate.org/commentary/tsyvinski2/French


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :