Publié par : crise2007 | octobre 26, 2008

La crise américaine : Une crise d’ego…

La crise américaine : Une crise d’ego…

 

 

Mostafa Chakroun

 

A la vue des « Tent Cities » qui s’érigent autour des métropoles des USA abritant les victimes des saisies immobilières, j’ai tout de suite pensé aux ‘tipis’, les tentes des vrais américains, les «indiens ! »…

Les « indiens » ?… une erreur n’est-ce pas ?
Mais on oublie souvent que la ‘grandiose’ découverte de l’Amérique s’est faite par erreur!

‘Christophe’ s’est rendu célèbre en se trompant d’Inde !…
Les vrais indiens eux… l’attendaient sur les côtes de l’Inde…

Trêve de plaisanteries, Christophe Colomb a au moins eu le mérite d’avoir essayé de faire autrement et s’est aventuré dans un océan inconnu…

Depuis cette découverte, les erreurs de taille n’ont pas cessé de marquer l’histoire de ce grand continent… à commencer par le génocide des Américains (indiens)…

Toutes les images des tentes de la déportation me sont venues à l’esprit… en particulier celles en noir et blanc des palestiniens…

Pouvait-on s’attendre à voir des « tentes » de déportation aux USA du 21ème siècle…

La crise financière actuelle n’est pas la première de son genre et ne sera sûrement pas la dernière aux Etats Unis actuels.

Les analystes, ne voient que des soi-disant « causes » et effets apparents mais ne vont presque jamais à la source du problème. La raison des débâcles cycliques du marché financier américain est pourtant la même…

La crise n’est pas une crise de « subprime » comme on nous dit… le « subprime » ou le prêt hypothécaire avec une prime de risque n’est pas problématique en lui-même comme nous allons le voir. La crise est ailleurs…

Le mécanisme de la crise est différent de la raison de la crise. Pour expliquer le comment, on commencera par expliquer le ‘subprime’… mais avant, retenons qu’une crise financière se constate tout simplement par un manque de liquidités sur le marché.

Les américains aiment acquérir, comme tout le monde, de grandes maisons… Mais, contrairement à tout le monde, il est plus facile de financer ces maisons en Amérique…

En effet, l’Etat encourage depuis 2001 les banques à prêter aux gens à bas revenus moyennant une prime de risque (subprime) qui vient s’ajouter au taux d’intérêt fixé par la banque centrale.

Les créances adossées à des hypothèques prenant de la valeur dans un marché immobilier florissant, vont être transformées en titres (titrisation) et servir de base aux organismes prêteurs pour s’endetter auprès d’autres banques et fonds d’investissements (eux même se finançant auprès des banques pour profiter du levier financier, gain issu de la différence entre le taux d’intérêt du financement et le taux rémunérateur des titres acquis).

Cependant entre 2004 et 2005 le taux d’intérêt directeur est multiplié par 5 et le prix de l’immobilier a chuté du 1/5ième.
Les ménages, face à des mensualités de plus en plus élevées n’arrivent pas tous à rembourser (le taux variable ayant remplacé le taux fixe attrayant des premières années). Plus exactement 15% (quelques millions de personnes) ne payent plus et perdent leurs maisons…

Les organismes prêteurs ayant à la base des hypothèques sous évaluées par la baisse des prix, ne peuvent plus payer les banques auprès desquelles ils se sont endettés… Les faillites des premiers s’accélèrent (insolvabilité)… et les pertes des secondes s’alourdissent (dépréciation des titres de créances en leur possession)… les fonds d’investissement commencent aussi à tomber…

A l’extérieur des USA, les institutions ayant acquis ces titres « toxiques » ont souffert de la dévaluation de ces actifs.

Le mécanisme de l’exportation de la crise -américaine de naissance- ne sera pas détaillé ici car cet article s’intéresse aux causes profondes de la crise, non à ses conséquences…

Les failles du système financier ayant contribué à cette avalanche peuvent se résumer en un manque de contrôle par l’Etat, à travers la banque fédérale, du taux d’endettement des organismes spécialisés dans les crédits logement à risque d’une part, et du procédé de la titrisation d’autre part.
Les organismes prêteurs n’ont pas prêté trop d’importance au contrôle des demandes de crédit et des informations fournies par les emprunteurs.
Les agences de notation à leur tour ont été larges vis-à-vis des titres de créances induisant ainsi en erreur les investisseurs aux Etats Unis et à l’étranger.

Ceci dit, la faille la plus importante qui est à la base de cette crise et bien d’autres et qui est difficile à réparer est sans aucun doute, le manque de contrôle de soi…

Une crise d’éducation résumerait la cause de tous les maux du système financier américain.
Une crise dont l’initiateur est la nature humaine lorsqu’elle n’est pas domptée par l’éducation spirituelle de tous les jours…

1- Prêter sans mesure et dépasser le taux d’endettement connu au point de mettre en péril des structures entières ne pouvait être le fait de gérants justes et professionnels. La cupidité a motivé la décision des Conseils d’Administration rémunérés en partie par des commissions sur les crédits alloués. L’envie de voir leurs salaires se multiplier sans mesure ne pouvait que les aveugler…

2- Les gérants des fonds d’investissement « Hedge funds » sont aussi rémunérés en pourcentage des gains sur les opérations. Certains de leurs directeurs peuvent atteindre 500 millions à 1 milliard de dollars de salaire ! Seule une éducation spirituelle disciplinée peut contrer cette démesure…

3- La cupidité des actionnaires semble corréler la confiance qu’ils ont dans leurs conseils d’administrations aux profits et au dividende reçu et non à l’éthique…

4- Les sociétés de notation ont très bien évalué une partie des titres financiers dérivés des subprimes, alors que le défaut de crédit constitue le risque le plus simple à modéliser !

5- Même certains emprunteurs ont eu leur part de responsabilité en livrant des situations professionnelles et financières imaginaires.

6- Des sociétés sur le net se seraient même spécialisées dans la préparation d’attestations de travail, de salaires ou autres documents à présenter pour constituer le dossier de demande de prêt…

Egoïsme, Cupidité, Envie, Mensonges, Impatience sont les vrais ingrédients qui ont fait cette crise américaine aux conséquences mondiales.

Le Subprime, voire même sa titrisation poussée, ne sont que des mécanismes qui ont été utilisés à l’extrême pour parvenir à faire prévaloir ces valeurs (Egoïsme, Cupidité, Luxure, Mensonge, Envie, Impatience…) ou plutôt ces non-valeurs… en termes plus financiers…

La baisse des prix de l’immobilier, l’augmentation des taux d’intérêt, la rétraction inévitable des financements interbancaires ont constitué l’environnement propice au maintien de la crise.

Pour distinguer entre les vraies causes de la crise, les moyens employés et les facteurs aidant au maintien de la crise, nous avons essayé de schématiser le mécanisme de cette crise.



Le fait de dire qu’il s’agit d’un problème humain à la base trouve aussi sa justification dans les procès en cours…

Mais l’Amérique s’en remettra… grâce en partie à l’injection des fonds proposée à court terme… et peut-être à moyen terme grâce à une ou deux autres guerres, faciles cette fois…

L’Amérique est en phase de déclin certes… mais que les opprimés du monde qui ne font qu’attendre ne se réjouissent pas vite… ‘car le déclin des civilisations peut durer des siècles’ (1).

Le géant américain se lèvera fort probablement cette fois mais avec, en plus des tumeurs cachées dans son corps, deux profondes blessures très apparentes aux jambes : La confiance ébranlée des européens et des asiatiques en ses institutions financières et en les ‘manigances’ pseudo financières des « malins de New York » mais surtout… la confiance perdue par des millions d’américains qui se sont retrouvés dans des tentes froides en septembre 2008 avec leurs enfants après avoir goûté brièvement au rêve américain… et tout cela par la faute d’autres américains qui se croient plus intelligents et qui ne pensent qu’à eux-mêmes…

Des millions d’autres citoyens américains devront repousser la date de leur retraite puisque leur capital investi en partie, et sans qu’ils ne s’en rendent compte, dans des titres contaminés en perte de valeur s’est vu rétrécir…

Prévenir vaut mieux que guérir…

Certains musulmans pensent à chaque fois qu’une crise frappe l’empire américain que c’est la fin du monde ou du moins du capitalisme. Certains se réjouissent déjà en évoquant les produits bancaires « islamiques », oubliant que l’ancrage et la généralisation de ces produits, même en nette progression, nécessitera un certain temps, que ces produits nécessitent une relecture plus profonde et surtout continue de la Révélation et de la Tradition, et que, et c’est le plus important, la viabilité de ces institutions ne réside pas uniquement dans les produits offerts, mais surtout dans l’éducation spirituelle des hommes qui gèrent ces produits…

Sans cette auto éducation spirituelle quotidienne de tout un chacun, les systèmes ‘islamiques’ peuvent être victimes eux-mêmes de crises d’origine humaine… surtout après que l’euphorie de la différenciation et de l’originalité aura cédé la place à la routine…

Nous rappelons à ceux qui écarteraient cette hypothèse les siècles de la grande discorde (fitna) ou l’égo l’emportait, et l’emporte toujours, sur les préceptes connus et reconnus…

Le Capitalisme, un destin…

La sagesse nous impose de voir le monde avec deux yeux, ‘le monde en mouvement qui prône le marché et le capitalisme est un fait divin. Notre destin est de foncer à l’intérieur de ce monde, de le concurrencer, de se tailler une place en son sein, de résister à ses instruments aveugles aux yeux de la Charia, mais sages et conscients aux yeux de celui qui sait que ce qui nous est révélé par notre Dieu est La Vérité, que cette vérité prenne la forme d’un ordre qui nous impose des responsabilités et des missions ou qu’elle incarne un destin qui nous sert d’épreuve’ (2).

Trêve donc de critiques et d’inaction… Comprenons ce monde (de la finance entre autres)… Concurrençons-le… et imposons nos valeurs… nos objectifs…
Notre objectif… se préparer pour la rencontre de notre Créateur…

Ne rêvons pas… ‘De notre sous-développement, nous rêvons d’avoir ce qui est entre les mains des riches de ce monde. Ils peinent –comme l’attestent leurs sages- à cause d’une abondance qui n’a pas d’objectif, et nous peinons dans cette vie tout en ayant des objectifs mais en n’ayant pas de moyens’ (3).

Une précision…

En faisant la comparaison entre les tentes des cités périphériques des USA, les tentes indiennes, les tentes des déportés palestiniens et autres victimes des injustices -américaines entre autres-, je n’ai à aucun moment éprouvé un sentiment de vengeance vis-à-vis des pauvres gens qui ont été chassés de leurs maisons… Au contraire, je me suis tout le temps mis à leur place…

Au-delà de la simple logique qui veut que ces citoyens soient différents des politiciens qui les gouvernent et de leurs politiques étrangères, j’ai éprouvé de la compassion envers ces gens victimes d’une injustice, comme je l’ai éprouvé envers les ‘indiens’ d’Amérique …

Cependant, l’ordre divin (Sounnat Allah) est incontournable…
L’injustice est la clé du déclin des civilisations…

En explorant la vérité de mes sentiments envers les gens chassés de leurs maisons, j’ai pris conscience de l’apport inestimable de l’éducation spirituelle que nous recevons au sein de notre Jamâa -même avec mes innombrables imperfections dans son application-. Cette éducation fait qu’on ressente réellement de l’amour envers tous les êtres et non seulement envers les musulmans…

Exportons cette valeur ajoutée qui, seule, guérira toutes les crises financières, économiques et humaines…

Vers un style de vie financièrement plus ‘orthodoxe’(4)?..

 

Un reportage de la chaîne BBC en arabe montrait, en ce mois de Chawal 1429, une ville fantôme des Etats Unis (probablement en Californie) vide de ses habitants à part une petite population de musulmans américains qui se rendaient à la mosquée de la ville…

Et quoique cet état des lieux soit provisoire, il dénote de la différence dans le comportement de beaucoup de musulmans américains vis-à-vis du surendettement… même en vivant dans une société de consommation effrénée…

La valeur ajoutée du dernier Message, rétablissant entre autres l’interdiction de l’usure et de la transformation de l’argent en un bien cessible, commence-t-elle à se faire imposer dans l’esprit des financiers et des ménages à travers le monde…

Nous le saurons…

(1) Abdessalam Yassine. La Justice, Les islamistes et le pouvoir, Editions Afrique Orient, 1ère édition 2000, p 376.
(2) Ibid, p 205.
(3) Ibid, p 205.
(4) L’orthodoxie financière, tout en ayant une connotation religieuse, est un terme utilisé en gestion financière décrivant une structure financière saine et équilibrée.

 source : http://www.aljamaa.net/fr/detail_khabar.asp?id=594&idRub=5

 
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