Publié par : crise2007 | octobre 31, 2008

Crise : l’Occident en retraite et à court de munitions

Crise : l’Occident en retraite et à court de munitions

 

 

Le rapatriement panique des capitaux de la périphérie vers le centre pourrait, faute de refinancement, provoquer plusieurs situations semblables à la faillite de l’Argentine en 2001 aux frontières de l’Europe et en Asie. Le risque géopolitique est immense. Après avoir entraîné de façon bien imprudente ces pays sur la voie de l’ultra-libéralisme, l’occident devrait aujourd’hui régler la facture. Mais au rythme où se précipitent les évènements, il ne disposera bientôt plus des fonds nécessaires pour leur éviter la faillite. La Chine et les pays du Golfe pourraient concourir à ce sauvetage. Mais ce soutien, s’il se concrétise, sera monnayé. Quel en serait le prix ? La fin de la domination exclusive de l’Occident dans les institutions financières internationales.

 

Par Carl Mortished, Globe and Mail, 30 octobre 2008

Nous assistons à une nouvelle retraite généralisée de l’Occident. Le Fonds monétaire international est au chevet des victimes en Europe centrale et orientale, mais les capitaux prennent la fuite et Gordon Brown, le Premier ministre britannique, se rend précipitamment dans le Golfe pour mendier des fonds. La Turquie, notre alliée dans le Proche-Orient, pourrait aussi avoir besoin d’aide et quelque chose doit être fait pour le Pakistan. La faillite de l’Etat situé sur la ligne de front de la guerre contre les Taliban n’est pas un risque que l’on peut courir.

Il y a quelque chose d’étrange dans ce chaos financier qui gagne la frontière est de l’Europe. La fuite désordonnée des fonds investis par les banques occidentales dans les soi-disant « économies en transition » de l’ancien Pacte de Varsovie n’est pas sans évoquer la retraite des armées de Napoléon sur la route de Smolensk.

C’est une autre vision impériale qui s’écroule, pour cause de cupidité, de corruption et d’incompétence. La Hongrie était sur le point d’obtenir tous ses diplômes en libéralisme. La Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement avait fixé la date de limite de 2010, au-delà de laquelle la Hongrie ne serait plus éligible pour les programmes de la BERD.

Peut-être la Hongrie et l’Ukraine ont-elles été trop promptes à adopter le dernier chic capitaliste. L’Ukraine était l’enfant chéri de Washington, qui adorait son flirt absurde avec l’OTAN. Mais bien peu avaient pris la peine de se demander si une nation dépendante d’un carburant subventionné par la Russie était réellement indépendante et viable. La Hongrie est désormais rongée par la dette. Le montant brut de ses emprunts extérieurs est presque égal à son PIB, mais sa croissance économique est aujourd’hui presque au point mort. La fiscalité est élevée et le marché noir est monnaie courante. Incapables de financer leur croissance par l’épargne interne, les Hongrois ont donc emprunté à l’étranger. Même les citoyens ordinaires ont contracté des prêts libellés en euros pour financer leurs acquisitions immobilières, attirés alors par de faibles taux d’intérêts.

Comme on pouvait s’y attendre, ce pari à haut risque a mal tourné. Au lieu de converger avec la zone euro, l’économie Hongroise dérive vers une toute autre direction : l’effondrement du florin laisse le pays écrasé par le fardeau d’une dette en euros, francs suisses et en yens qu’il ne peut honorer. Le gouvernement a perdu toute crédibilité pour gérer la situation après que le premier ministre ait admis avoir menti sur l’état de l’économie afin de remporter une élection.

La Banque mondiale a demandé à la Bulgarie d’établir un plan financier d’urgence et le Premier ministre roumain a comparé son pays aux passagers des ponts supérieurs du Titanic, ne voyant pas l’eau s’engouffrer dans les cales. Lundi, l’agence Standard & Poor’s a réduit la note de la dette souveraine de la Roumanie au rang de « junk bond, » d’obligation pourrie. Mardi, c’est l’Allemagne qui sonnait l’alarme sur une autre ligne de front. Le Pakistan connaît une grave crise de sa balance des paiements et doit trouver des fonds pour faire face à ses remboursements sur la dette.

La corne d’abondance du FMI va bientôt se tarir. Le montant disponible au Fonds de sauvetage d’urgence s’élève à environ 200 milliards de dollars après les récents secours de 2 milliards octroyés à l’Islande et de 16,5 milliards accordés à l’Ukraine. Hier, le FMI a promis 15,7 milliards à la Hongrie (ce paquet de mesures d’aide comprend également 8,1 milliards de dollars en provenance de l’Union européenne et 1,3 milliard de la Banque mondiale). Le Pakistan a besoin d’environ 15 milliards et il y a une longue file d’attente qui se forme déjà dans les couloirs du FMI à Washington. D’où la mission de Gordon Brown qui va tenter d’obtenir un peu d’argent dans les coffres remplis de Beijing, Riyad et Abou Dhabi.

Les énormes réserves en dollars dans le Golfe et en Chine pourraient être utilisées pour renflouer le front est européen et dans d’autres pays émergents qui sont devenus dépendants de leur dette extérieure durant la dernière décennie.

Mais cet argent ne sera pas accordé sans contreparties. Les nouveaux contributeurs voudront disposer d’une voix au chapitre au sein de l’institution. Le FMI était un club composé des Américains, des Européens et des Japonais. Mais les réserves de dollar se trouvent aujourd’hui dans les États pétroliers et en Chine, et désormais ils s’attendent à obtenir plus de poids dans la gestion de l’économie mondiale.

Toute faillite est douloureuse, mais elle l’est encore plus pour les nations que pour les particuliers. Après son défaut de paiement en 2001, l’Argentine est descendue dans les abîmes de l’hyperinflation, du chômage de masse et des pénuries alimentaires. Cette nation exportatrice de nourriture ne parvenait plus à nourrir ses enfants. Les banques avaient fermé leurs portes et les Argentins durent recourir au troc.

Le Premier ministre britannique sait que nous ne pouvons nous permettre de voir naître une douzaine d’Argentines sur la frontière de l’Europe avec la Russie et dans toute l’Asie. L’Amérique, elle, s’avère inutile dans cette crise. Elle est entièrement absorbée par sa campagne électorale et les promesses à ses enfants gâtés d’électeurs.

 

source : http://www.contreinfo.info/article.php3?id_article=2295


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