Publié par : crise2007 | octobre 31, 2008

La débâcle financière des Etats-Unis sera-t-elle bénéfique pour la Chine ?

La débâcle financière des Etats-Unis sera-t-elle bénéfique pour la Chine ?

 

 

NEW YORK – Pour tenter de vendre leur plan de renflouage du système financier américain, les responsables de l’administration Bush ont invoqué le spectre de la Grande dépression des années 1930. Mais pour la plupart des Asiatiques, l’apocalypse économique est bien plus récente.

Il y a dix ans, la crise financière asiatique a mis les banques, les entreprises et les gouvernements à genoux. Le feu a été mis aux poudres par l’effondrement du baht thaïlandais durant l’été 1997. L’infection s’est rapidement répandue à toute l’Asie de l’Est et l’effet de domino des dévaluations successives des devises s’est propagé jusqu’au Brésil et en Russie. Les « miracles économiques » de longue durée de la Corée du Sud et de Hong Kong s’arrêtèrent net, ainsi que la progression de la croissance en Indonésie et en Thaïlande.

La principale leçon que ces pays ont retenu de la crise a été de maintenir des réserves de changes importantes, un credo qui prit les dimension d’un article de foi au sein des gouvernements de l’Asie de l’Est. Dans les années 1990, les économies asiatiques à croissance rapide n’avaient que de faibles réserves de changes, malgré le boom des exportations et des investissements étrangers. Quand la situation a commencé à se détériorer en 1997, l’insuffisance des réserves a empêché les gouvernements de venir à l’aide des banques en déroute et les a obligés à demander l’aide des institutions internationales.

Mais les prêts du Fonds monétaire international ne venaient pas sans conditions, notamment celle de libéraliser plus rapidement les marchés financiers, qui étaient pourtant responsables de la crise au premier chef. En fait, ce qui est connu sous l’appellation de « crise financière asiatique » en Occident est connu sous le nom de « crise du FMI » en Asie. L’humiliation politique et la frustration économique entraînées par les injonctions du FMI ont confirmé l’importance fondamentale des réserves de changes, pour garantir non seulement la stabilité des devises, mais également la souveraineté économique.

Une économie asiatique a émergé relativement indemne de la crise de 1997-1998 : celle de la Chine. Plusieurs raisons expliquent cette singularité, mais la principale est que la Chine avait déjà amassé plus de 100 milliards de dollars de réserves et qu’elle a refusé de réévaluer sa monnaie au moment de la crise.

Depuis lors, la Chine a agressivement poursuivi un modèle de développement économique reposant sur une croissance rapide, les exportations et les investissements. En plafonnant son taux de change et en produisant bien plus qu’elle ne consomme, la Chine a accumulé des réserves de changes massives, qui ont atteint mille milliards de dollars en 2005. Même après que la Chine ait partiellement laissé (sous la pression du Département du trésor américain) flotter le yuan, les réserves ont continué à croître, de près de 200 milliards de dollars par an. Au cours de la dernière année et demie, les réserves de changes chinoises ont atteint la somme faramineuse de 1,8 mille milliards de dollars, de loin la plus importante au monde.

L’État chinois n’a probablement pas été assis sur une telle fortune depuis l’époque fastueuse de l’empire Qing, lorsque la demande insatiable des Européens pour la porcelaine, le thé et la soie a rempli les coffres de Beijing de lingots d’argent. Mais le paradoxe de la situation actuelle est que ces réserves ne sont pas de l’argent réel qui pourrait être réinjecté dans l’économie intérieure. En fait, les réserves chinoises servent essentiellement à couvrir la dette des Etats-Unis.

Même avant que Wall Street ne parte en vrille, un consensus croissant émergeait en Chine sur le fait que les réserves accumulées dépassaient de très loin ce qui était nécessaire pour éviter une nouvelle crise analogue à celle de 1997-1998. Les appels en faveur d’une stratégie d’investissement plus diversifiée se sont fait plus pressants. Après tout, investir dans les bons du Trésor américain ne pouvait en aucun cas être rentable compte tenu de leur faible rendement et de l’appréciation constante du yuan.

Avec la création l’an dernier d’un fonds souverain à hauteur de 200 milliards de dollars, la China Investment Corporation (CIC), Beijing s’est positionnée pour investir davantage sur les placements en titres (bien que ses premiers investissements, dans le groupe Blackstone et la banque Morgan Stanley, aient été fortement critiqués). L’économiste Andy Xie, qui travaillait auparavant pour Morgan Stanley, a proposé la semaine dernière que la Chine échange ses réserves de change contre une participation importante dans des entreprises américaines, invitant les Etats-Unis à surmonter leur xénophobie financière pour éviter une débâcle due à la sous-capitalisation.

Mais de nombreuses voix en Chine, des blogueurs nationalistes aux militants pour la justice sociale, critiquent plus vivement les massives réserves de change. Pourquoi bloquer les capitaux chinois pour financer l’économie consumériste et endettée des Etats-Unis alors que tellement de besoins en Chine même ne sont pas pris en charge ? Jusqu’en 1985, la Chine était l’un des pays les plus égalitaires au monde. Aujourd’hui, la société chinoise souffre d’un des clivages les plus marqués entre riches et pauvres. Le capitalisme à la chinoise fait preuve de son mépris pour l’un des enseignements fondamentaux de Confucius – ne vous inquiétez pas de la pauvreté, disait-il, mais de l’inégalité.

Tandis que le tissu urbain des grandes villes chinoises connaît aujourd’hui une métamorphose radicale, les infrastructures sociales et environnementales, en particulier des immenses populations rurales des provinces de l’intérieur du pays, se dégradent de plus en plus. Depuis des années, le gouvernement central parle de créer une « harmonie sociale » – au moyen d’un « nouveau système coopératif rural de soins médicaux », en portant à 4 pour cent du PIB la part allouée à l’éducation et en éliminant les frais de scolarité, et en appliquant des modèles de « développement durable ».

Les promesses sont grandioses, mais les actes n’ont pas suivi. En fin de compte, le coût économique d’un accès limité aux soins médicaux et à l’éducation, ainsi que le manque d’eau potable et la pollution de l’air, se révélera dévastateur à court et à long terme.

Dans les années à venir, le défi pour la Chine sera de se défaire de la dette américaine et de commencer à investir dans le bien-être sanitaire, éducationnel et environnemental de sa population. Assurer une croissance annuelle de 10 pour cent n’était peut-être finalement que la partie la plus facile.

 

source : http://www.project-syndicate.org/commentary/delury2/French


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