Publié par : crise2007 | novembre 8, 2008

Maroc, La déprime gagne les chefs d’entreprises

Maroc, La déprime gagne les chefs d’entreprises

 

 

 

216 patrons et dirigeants sondés. 43% estiment que la conjoncture économique actuelle est défavorable contre 19% seulement il y a six mois. 32% évoquent un ralentissement d’activité.
Les carnets de commandes se réduisent et les délais de paiement s’allongent.
Petite note d’optimiste, 65% gardent espoir pour l’année 2009.

page_image C’est en temps de crise qu’une entreprise peut et doit affûter ses armes pour se préparer à la reprise. Si, en théorie, une telle conception des choses peut paraître séduisante et contribuer à doper le moral des troupes, dans la réalité, elle est difficile à mettre en application.

En avril dernier, à l’occasion d’un sondage, effectué auprès de 200 patrons et dirigeants d’entreprises par le cabinet DS Marketing pour le compte de La Vie éco, ces derniers semblaient avoir le moral et confiance en l’avenir.

Six mois plus tard, la confiance s’est quelque peu érodée, et l’état des lieux a considérablement changé. Le dernier sondage réalisé en octobre par le même cabinet auprès d’un échantillon de 216 dirigeants (voir fiche technique) révèle que les premières répercussions de la crise se font sentir sur l’activité.

Les grandes entreprises et le commerce sont les plus touchés

Ainsi, à la question de savoir ce qu’ils pensent de la conjoncture économique actuelle, 42,6% d’entre eux estiment qu’elle est plutôt défavorable ou très défavorable. Ils n’étaient que 19% à le penser en avril dernier.

Cela dit, la perception de la gravité diffère en fonction des secteurs et de la taille des entreprises. En effet, les plus pessimistes se recrutent dans les grandes entreprises (200 salariés et plus), dont 55 % des interrogés qualifient la conjoncture de défavorable.

Il en est de même dans le commerce et les entreprises installées sur l’axe Casablanca-Rabat : la proportion des patrons qualifiant la conjoncture de défavorable est respectivement de 45% et 46,6%.

Etrangement, à l’opposé, les entreprises basées en province et celles de taille moyenne ou petite semblent moins inquiètes, sans doute parce que, étant moins exposées aux relations avec l’international, elles n’en ressentiront les effets qu’a moyen terme du fait des difficultés de leurs partenaires locaux.

D’ailleurs, cette propension des grandes entreprises et du commerce à s’inquiéter davantage ressortira tout au long du questionnaire.
Si les patrons parlent de conjoncture défavorable, il ne s’agit pas seulement d’un sentiment, de l’expression d’une perception, puisqu’ils le font sur la base d’indicateurs d’activité qu’il estiment bel et bien en recul.

Ainsi, sur les 216 interrogés, 135, soit 62,5 %, affirment que leur entreprise est affectée par un ralentissement d’activité et 58 % d’entre eux déclarent que ce ralentissement est bien imputable à la conjoncture de crise actuelle. Là aussi, la répartition est la même : les plus affectés sont à chercher du côté de la grande entreprise (59%), le secteur du commerce (65,4%) et l’axe Casablanca-Rabat (59%).

Le chiffre d’affaires est l’indicateur par excellence de l’évolution de l’activité. Seuls 35% des répondants signalent une amélioration de cet indicateur sur les neuf premiers mois de 2008 par rapport à la même période de 2007. Au même moment, 32% parlent de stagnation et, surtout plus inquiétant, 32% signalent une baisse. Parmi les plus touchés : l’industrie (37%), le commerce (34%) et les grandes entreprises (36%).

Invité par La Vie éco à commenter ce fait, le ministre de l’industrie et du commerce, Ahmed Chami, corrobore le rôle du facteur «relation à l’international». Il fait remarquer qu’il «est tout à fait normal que les premiers touchés soient les grandes entreprises du fait qu’elles sont plus connectées à l’international et donc plus exposées aux effets de la récession mondiale».

51% prévoient une stagnation ou une baisse de leur CA en 2009

On signalera quelques cas atypiques à ce niveau, à l’instar des entreprises de services, où près de 39,5% des sondés signalent une augmentation de leur chiffre d’affaires à fin septembre 2008 par rapport à la même période 2007.

C’est sans doute là un effet de l’expansion soutenue que continuent de connaître des secteurs comme les télécoms et de la montée en puissance des activités liées à l’offshoring.

Autre preuve que la connexion à l’extérieur est un facteur aggravant du risque : sur les 64 entreprises exportatrices de l’échantillon, 35, soit 55%, affirment que le flux de leurs exportations s’est réduit en volume par rapport à la même période de 2007. C’est d’ailleurs cette même tendance que l’on retrouve dans les chiffres de la balance commerciale à fin août publiée récemment par l’Office des changes.

Le volume global des exportations à cette date est en baisse de 8% par rapport à août 2007.

Par famille de produits, on relève -53% pour les composants électroniques, -19% pour les légumes frais, -18% pour les engrais, -8% pour la bonneterie et -7,4% pour la confection. Heureusement, ces pertes de volume ont été largement compensées par l’envolée des cours mondiaux des phosphates et dérivés, ce qui a permis d’améliorer les exportations en valeur de +32%.

Les observateurs s’accordent à dire que beaucoup d’entreprises sont sauvées par le fait qu’elles travaillent davantage sur le marché intérieur qu’à l’export. Sauf que celles–ci sont plus exposées à un risque caractéristique du marché marocain, celui des délais de paiement, alors que, pour l’export, le règlement est adossé aux crédits documentaires faisant intervenir des banques de part et d’autre, d’où la garantie de recouvrer ses créances à temps.

Le délai de paiement est un indicateur pertinent de la baisse d’activité, en même temps qu’il peut constituer un véhicule de propagation de la crise. A ce stade, les résultats du sondage sont inquiétants : ces délais se sont nettement dégradés par rapport au premier semestre de l’année, c’est-à-dire en l’espace de 3 mois.

En avril 2008, pour rappel, 8% des chefs d’entreprises interrogés signalaient que le délai de paiement de leurs clients s’était dégradé par rapport à 2007 et 59 % ( !) parlaient d’amélioration.

Six mois plus tard, la donne a complètement changé : ils sont 35% à affirmer que le délai s’est dégradé par rapport à son niveau de juin dernier et seulement 7 % à parler d’amélioration. On notera, encore une fois, que la grande entreprise et le commerce restent les catégories les plus touchées : 42% pour la première et 40% pour la seconde.

Dans ce contexte, globalement difficile, il ne faut pas se faire d’illusions : les entreprises devront forcément déclencher leur plan de crise qui, on le devine, s’articulera classiquement autour de deux volets : l’accroissement des ventes, donc du chiffre d’affaires, et la compression au maximum des charges.

Autant dire que la tâche ne sera pas facile. En atteste l’état des carnets de commandes d’ici la fin de l’année. Ainsi, 34% des chefs d’entreprises affirment que le volume de ces commandes pour le quatrième trimestre 2008 est en-deçà de son niveau habituel, contre 16% seulement qui parlent d’une amélioration par rapport à la normale. 50% déclarent néanmoins qu’il est au même niveau que d’habitude.

En comparaison, lors du sondage réalisé en avril dernier, ils étaient 86% à être satisfaits de leur niveau de commandes.
Plus inquiétant, la majorité des chefs d’entreprises ne s’attendent pas à une évolution favorable de leur chiffre d’affaires pour l’année prochaine. En effet, 51,4% des répondants prévoient soit une stagnation soit une baisse de leurs recettes, contre 41,2% qui tablent sur une légère hausse, et seulement 7,4% sur une forte hausse.

En un mot, 2009 sera une année difficile et certains chefs d’entreprises préparent déjà leur plan d’austérité. En d’autres termes, il va falloir «se serrer la ceinture». Certes, on n’en est pas encore aux fermetures d’usines et arrêts de production.

Il n’empêche que, sur les 111 patrons qui s’attendent à une année 2009 difficile, la moitié prévoient de lancer des plans de réduction des charges. Dans de pareilles situations, il est évident que les dépenses les moins vitales seront les premières à être supprimées.

Ainsi, 21% des répondants envisagent de réduire leurs dépenses de communication et autant disent cibler également les frais généraux.
Mais ce n’est pas tout puisque 21,4% des répondants pensent même arrêter, ou du moins réduire les recrutements prévus pour l’année, tandis que 18% veulent réduire les primes accordées au personnel. Bien entendu, la hiérarchisation des postes de dépenses à «couper» varie selon le secteur d’activité et la taille.

Pour les dépenses de communication, par exemple, il est parfaitement normal que les entreprises de services, généralement de gros annonceurs, en fassent leur premier poste de réduction. Les industriels, eux, s’intéressent davantage aux charges de personnel, notamment en réduisant ou en arrêtant les recrutements et en réduisant les primes, coût de production oblige.

Malgré cela, il faut espérer et surtout y croire. Apparemment, les patrons gardent confiance. Preuve en est que, quand on les questionne sur l’évolution du climat général des affaires pour l’année 2009, 65% tout de même se disent optimistes, contre 22% de pessimistes.

Le DG de la CIMR, Khalid Cheddadi, fait une lecture différente de la crise actuelle. «D’un côté, explique-t-il, les fortes baisses des marchés financiers à l’international, la crise économique qui s’installe et les mesures drastiques prises par les gouvernements des pays développés, qui sont à la mesure de leurs inquiétudes, nous interpellent et nous poussent à des questionnements sur notre propre situation et notre avenir immédiat.

De l’autre, le constat fait sur l’évolution de notre économie, les résultats concrets des entreprises, les perspectives immédiates et à moyen terme, ne permettent pas d’identifier clairement de gros risques».

Une manière de garder le moral et de se motiver à tout prix ? Pas seulement ! Les chefs d’entreprises sont lucides puisque 74 % d’entre eux pensent que la crise financière aura inévitablement un impact sur l’économie marocaine.

La seule explication plausible est que, dans le marasme mondial, les patrons marocains entrevoient des opportunités de se positionner sur de nouveaux marchés et de profiter de la crise.

Ce n’est pas impossible quand on sait que, dans le contexte économique actuel, les industriels, en Europe notamment, sont condamnés eux aussi à réduire leurs charges et leurs coûts de fabrication pour survivre.Et pour cela ils devront forcément aller à la recherche de pays low-cost pour y délocaliser une partie de leurs activités.

D’un autre côté, les consommateurs européens, entre autres, sous l’effet de la détérioration de leur pouvoir d’achat, chercheront davantage les produits bon marché sur lesquels l’industrie marocaine a les possibilités de se positionner.

La crise, on peut l’espérer, n’aura donc pas forcément que des effets négatifs.

source : http://www.lavieeco.com/Economie/la-deprime-gagne-les-chefs-dentreprises


Responses

  1. la crise est un événement q’ont peut pas détourner. mais q’on peut utiliser pour notre économie.


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